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C’est
en étudiant les cellules des patients exprimant ces déficits
enzymatiques que nous avons pu établir un premier lien entre une
accumulation d’acides organiques liée au déficits et l’accumulation
d’une protéine caractéristique de hypoxie, HIF-1 alpha. HIF-1 alpha est
un facteur de transcription normalement induit dans les cellules non
cancéreuse par une hypoxie, mais dont l’induction non controlée par la
cellule conduit à la formation de tumeur et à leur vascularisation.
Dans le même temps nous avons trouvé les conditions de culture
permettant l’apparition de prolifération anormale de fibroblastes
déficitaire pour la succinate deshydorgénase, justifiant l’étude de
telles cellules. Nous disposons donc, pour l’instant de deux outils
solides pour l’étude de la formation de ces tumeurs : l’observation en
immunocytométrie de l’accumulation du facteur de transcription HIF-1
alpha qui constitue l’étape primaire de la formation de la tumeur et
les proliférations cellulaires en culture qui fournissent un modèle
d’étude du processus tumoral déjà enclenché.
L’accumulation
des acides organiques est directement liée aux déficits enzymatiques
eux même conséquences de mutations génétiques touchant les protéines
qui les constituent. L’accumulation du facteur de transcription HIF-1
alpha est due à une inactivation de la prolyl hydroxylase PHD4 dont
l’activité conduit normalement à la destruction de HIF-1 alpha.
De
l’accumulation d’acides organiques à l’inhibition de la PHD4, nous
pouvons dessiner trois chemins possibles : cette prolyl hydroxylase ne
peut catalyser sa réaction qu’en oxydant une molécule
d’alphacétoglutarate en succinate, ce dernier, présent à très forte
concentrations dans le cytoplasme des cellules déficitaires est
susceptible de venir inhiber la PHD4 par effet de produit. Les deux
types de déficits, fumarase ou succinate deshydrogénase conduisent in
vitro à des déficits du complexe II de la chaîne respiratoire. Le
complexe II est la seul deshydrogénase capable de maintenir un niveau
élevé de réduction du pool de quinones mitochondriales ce qui protège
la cellule d’un relargage trop important de superoxides potentiellement
capables d’inhiber la PDH4. Enfin, les différents acides organiques
sont tous des chélateurs du fer qui participe aussi au bon
fonctionnement de la PHD4. La concentration cytoplasmique de fer libre
pourrait être décisive dans l’inhibition de l’enzyme comme c’est
d’ailleurs le cas dans la tumorigénèse liée au cobalt. Chacune de ces
hypothèses sera l’objet de différentes expériences qui permettront
d’affirmer ou d’infirmer nos hypothèses en observant en
immunocytométrie l’accumulation de HIF 1 alpha, on ne négligera pas la
possibilité d’une action cumulative de chacune de ces réactions.
Par
le passé, la compréhension de certains mécanismes délétères dans le cas
de l’ataxie de Friedreich comme dans le cas de déficit profond en
coenzyme Q10 nous a permis de proposer directement aux malades des
solutions thérapeutiques efficaces. C’est dans cet optique que l’on
peut attendre des options thérapeutiques qui pourront être directement
testées sur les proliférations obtenues en culture. En effet le fait
que les conséquences de ces déficits conduisent, lorsqu’ils sont
constitutionnels, certaines cellules de patients vers la mort
cellulaire, permet d’espérer qu’en annulant l’accumulation de HIF-1
alpha et donc en faisant disparaître les processus prolifératifs, on
plongera la cellule vers un processus de mort et donc une destruction
spécifique de la tumeur.
Notre
projet est donc de comprendre le processus biochimique qui conduit à la
formation de la tumeur et de tester les drogues susceptibles de bloquer
ce processus et de tourner spécifiquement les cellules tumorales vers
une mort cellulaire.
L’étude et l’utilisation des modèles cellulaires de déficits de la chaîne respiratoire
Dans
le cadre du projet Européen Eumitocombat, un ensemble de
travaux destines à mieux caractériser l’importance du stress
pro-oxydant dans des cellules en culture déficitaires en complexe I de
la chaîne respiratoire sera entrepris. Il s’agit là d’une part de
quantifier les dégats et les réponses cellulaires entraînés par le
stress éventuel, mais également dans un second temps d’identifier des
molécules d’intérêt permettant de protéger les cellules déficitaires.
Les molécules identifiées pourront dans un second temps être testées
sur le modèle murin Hralequin également déficitaire en complexe I.
En
parallèle, nous tentons, soutenus en cela par l’AFM d’introduire dans
des cellules humaines une protéine permettant d’établir à elle seule,
voir de rétablir, un flux d’électrons actifs entre les substrats
respiratoires et l’oxygène (court-circuitant près d’une cinquantaine de
protéines). L’enjeu essentiel à la clé est une meilleure compréhension
du rôle de la baisse de la production d’ATP dans les déficits de la
chaîne respiratoire, cette protéine ne générant par de gradient
électrochimique lors du transport d’électrons.
L’identification de nouvelles molécules pour combattre l’Ataxie de Friedreich
L’ataxie
de Friedreich résulte d’une expansion de triplets dans le premier
intron du gène codant pour la frataxine et est associée à une
diminution de l’expression de cette protéine. Nous avons montré en 1997
qu’il s’en suit une altération des fonctions mitochondriales
caractérisée par un déficit généralisé en protéines à centre
Fer-Soufre. Les conséquences sont une surcharge tardive en fer dans les
mitochondries et une série d’atteintes oxydatives dont nous avons
montré qu’on pouvait les bloquer par des antioxydants comme
l’idébénone. In vivo, cependant, l’effet de la drogue reste partiel
(essentiellement efficace contre la cardiomyopathie) et l’urgence
réside dès lors dans la mise au point d’autres thérapies. Dans le but
de progresser rapidement, nous avons besoin de modèles cellulaires et
animaux fiables, plus proches de la maladie que le système initial
utilisé pour découvrir l’idébénone.
Malgré
le caractère ubiquitaire (même si variable) de l’expression de la
frataxine dans les cellules et tissus humains, la maladie implique
principalement le système nerveux et le cœur, le diabète n’étant
qu’occasionnellement associé. D’ailleurs, les lymphocytes circulants,
les lignées lymphoblastoïdes et les fibroblastes cutanés en culture ne
révèlent aucune altération significative de l’activité de leurs
protéines Fer-Soufre. Il en résulte que les prélèvements faciles
d’accès chez l’homme ne constituent en aucun cas un modèle d’étude
raisonnable pour l’Ataxie de Friedreich.
Nous
avons participé à la caractérisation de modèles animaux
(essentiellement murins) de cette maladie depuis plusieurs années en
collaboration suivie avec nos collègues de Strasbourg. Cependant tous
les modèles disponibles à ce jour diffèrent de la situation humaine par
le fait que les tissus ciblés chez la souris n’expriment plus du tout
de frataxine. Bien que ces modèles aient été assez performants pour
élucider les aspects fonctionnels de la frataxine, leur inconvénient
majeur est de mimer une situation extrême où la chaîne respiratoire des
cellules ciblées n’est plus du tout fonctionnelle, rendant peu réaliste
le test de drogues.
Plus
récemment, le groupe de Roland Lill en Allemagne, a utilisé avec succès
l’approche « silencing RNA » (siRNA) pour réduire transitoirement
l’expression de la frataxine dans des cellules HeLa. Pour la toute
première fois, un modèle de cellules humaines reproduisant les
caractéristiques biochimiques de la maladie avec un déficit partiel
significatif en protéines Fer-Soufre. Ces cellules ont pu être
manipulées pour appréhender le lien spécifique entre le déficit en
protéines Fer-Soufre et la diminution du taux de frataxine mais non pas
pour tester de potentielles drogues.
Un
de nos objecifs est d’obtenir, de caractériser et d’utiliser pour
identifier des drogues, un modèle cellulaire humain crédible de
l’ataxie de Friedreich, grâce à la technologie des siRNA, mais à l’aide
d’un vecteur d’expression stable des ARN ciblant la frataxine. Nous
tenterons de réduire l’expression de la frataxine dans la lignée HeLa
au moyen de siRNA ciblés contre la frataxine. Ces siRNA seront
sélectionnés avec le concours du groupe de Roland Lill en Allemagne qui
a accepté de partager son expérience avec nous sur ce point. Cependant,
contrairement à son travail préliminaire, nous utiliserons des vecteurs
commerciaux permettant une expression inductible et stable des siRNA.
Caractérisation du modèle cellulaire
On
a montré que le déficit en frataxine induit un déficit de la chaîne
respiratoire dans le cœur des patients FRDA, essentiellement via un
déficit en protéinrs Fer-Soufre. En utilisant tout l’éventail de
méthodes d’investigation des fonctions mitochondriales mises au point
dans notre équipe, nous étudierons dans un premier temps, sur les plans
qualitatif et quantitatif, le déficit de la chaîne respiratoire associé
à l’extinction de la frataxine dans les cellules en culture. Des
mesures de la respiration cellulaire et de l’oxydation spécifique de
substrats mitochondriaux seront également réalisées par la méthode de
polarographie, dans le but de détecter de potentielles perturbations de
la phosphorylation oxydative. Les conséquences physiologiques de la
perturbation des fonctions mitochondriales seront étudiées en suivant
les niveaux d’ATP dans la cellule. Après perméabilisation des cellules
au moyen de détergents, l’oxydation des substrats mitochondriaux sera
étudiée pour évaluer la capacité des mitochondries à métaboliser
spécifiquement divers substrats. Ces études polarographiques pourraient
par exemple mettre en évidence une perte de cytochrome c dont le
relargage dans le cytosol est associé au déclenchement du processus
apoptotique.
Les
analyses spectrophotométriques permettront d’étudier en détail une
potentielle perte d’activité d’enzymes mitochondriales dans notre
modèle cellulaire. Il faut souligner que le FRDA est associé à un
déficit qui touche spécifiquement les protéines Fer-Soufre, en tout cas
chez l’homme, et qu’un modèle réaliste se doit de reproduire cette
caractéristique. On compte des protéines Fer-Soufre dans la structure
des complexes I, II et III de la chaîne respiratoire et l’aconitase,
enzyme du cycle de Krebs est également une protéine à centre
Fer-Soufre. L’activité de toutes les enzymes susceptibles d’être
touchées dans le Friedreich seront mesurées grâce à plusieurs marqueurs
enzymatiques mitochondriaux (citrate synthase, fumarase,
NADP-isocitrate dehydrogénase) et par la mesure de l’activité d’autres
composants dela chaîne respiratoire (C IV, C V). Cela devrait permettre
de valider la fiabilité de notre modèle afin de passer à l’étape de
test de potentielles molécules protectrices.
Tester les drogues
Comme
d’autres groupes, nous avons déjà établi que l’une des conséquences du
déficit en protéines Fer-Soufre dans la mitochondrie est l’augmentation
de la mort cellulaire en culture. Plus récemment, nous avons également
montré que le défaut d’activité de l’aconitase résulte lui aussi d’une
mort cellulaire accrue. De notre longue expérience dans l’établissement
de milieux de cultures sélectifs vis-à-vis de la chaîne respiratoire,
nous pouvons prédire que le phénotype de mort cellulaire associé au
déficit mitochondrial induit par le déficit en frataxine poura être
utilisé pour tester des drogues. Par ailleurs, toute autre thérapie
pourra être testée sur notre modèle cellulaire que nous laisserons à la
disposition de la communauté scientifique sur une base collaborative.
Après
l’établissement de ce modèle fiable de l’ataxie de Friedreich dans des
cellules HeLa, nous tenterons d’obtenir un modèle semblable à partir
d’une lignée dérivée des cellules pré-neuronales NT2. Etant donné que
la spécificité tissulaire/cellulaire semble jouer un rôle central dans
la maladie (comme dans la plupart des maladies mitochondriales),
l’établissement de ce second modèle pourrait être d’un apport
appréciable dans le contexte de l’ataxie de Friedreich. Voir le site de l'équipe
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