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Page 2 of 4 2. Prématurité et apprentissages
La
prévalence des troubles d\'apprentissage est élevée chez les grands
prématurés (Whitfield et collaborateurs, 1997; Dehan, Evrard, Ferré,
et al., 1997). Le volume de la zone germinative est à son maximum vers
26 semaines de vie postconceptionnelle. A ce stade, la zone germinative
produit l\'oligoglie ainsi que la majorité des précurseurs d\'astrocytes
destinés à la moitié superficielle du néocortex. Cela suggère que la
migration tardive des astrocytes a un rôle crucial pour construire et
assurer l\'intégrité de la moitié superficielle du néocortex (Evrard et
collaborateurs, 1992). Les leucomalacies périventriculaires du
prématuré sont des obstacles à la migration tardive des précurseurs
d\'astrocytes pour les couches superficielles. Ce mécanisme explique la
survenue d\'anomalies corticales secondaires aux lésions de la substance
blanche du prématuré, avec leurs conséquences neuropsychologiques.
La
prévalence élevée du syndrome ADHD chez les anciens prématurés fait
évoquer la possibilité de lésions secondaires à un mécanisme
anoxo-ischémique en raison d\'une vulnérabilité plus grande à la
libération du glutamate dans des régions où convergent de nombreuses
afférences glutamatergiques (noyaux gris centraux, cervelet) (Lou,
1996; Whitfield et collaborateurs., 1997). Si de tels mécanismes
excitotoxiques se confirment, les outils de "neuroprotection" auraient
des applications pour la prévention des syndromes hyperkinétiques et
des troubles de concentration et d\'attention survenant après des
problèmes périnataux, en particulier chez les prématurés (Evrard, 1997a
et 1997b; Dehan, Evrard, Ferré, et al., 1997; Bac et collaborateurs,
1998; Gressens et collaborateurs, 1997). L\'effet favorable de la
qualité des stimulations et de l\'environnement a souvent été évoquée
comme une donnée cruciale, mais a rarement été démontrée de manière
quantitative et contrôlée. L\'étude de Ramey (1992) est d\'une extrême
importance à cet égard. Ils ont pu montrer qu\'un programme de trois
années de stimulation adaptée faisait gagner 13 points de quotient de
développement aux enfants de poids inférieur à 2.000 g (Ramey C . The
Infant Health and Development Program. Enhancing the outcomes of
low-birth-weight, premature infants. A multisite, randomized trial.
Journal American Medical Association JAMA. 1990, 263: 3035-3042).
Sur un autre type de population, le travail de Duyme et collaborateurs,
qui vient de paraître, apporte aussi des données quantitatives
précieuses; il est analysé ci-dessous à propos de l\'intervalle libre
(DUYME M, DUMARET AC, & TOMKIEWICZ S. How can we boost Iqs of "dull
chidren" ?: A late adoption study. Proceedings of the Natioan Academy
of Sciences USA [PNAS], 1999, 96: 8790-8794).
3. Les "intervalles libres"
L\'
«tervalle libre» (latence d\'apparition d\'un symptôme) après les lésions
cérébrales du début de la vie, qu\'elles soient prénatales, néonatales
ou postnatales précoces, dure de quelques semaines à une douzaine
d\'années selon les fonctions nerveuses et neuropsychologiques en cause.
Le concept d\' «tervalle libre», une des bases de la séméiologie
neuropédiatrique, s\'est imposé après la publication dans la littérature
internationale de la thèse de médecine de Gilles Lyon en 1961, qui
était consacrée aux hémiplégies. L\'intervalle libre est
particulièrement long pour certains troubles neuropsychologiques
apparaissant après certaines lésions traumatiques, contusions,
sectionnements localisés de voies associatives, lésions cicatricielles
avec anomalies de la connectivité neuronale. La nature de l\'
"intervalle libre" doit toujours être soigneusement analysée. Il peut
s\'agir dans certains cas d\'un intervalle non exploré et qui devrait
l\'être. En matière de déficit postlésionnel retardé du langage, il faut
aussi faire la différence entre un arrêt de langage chez un enfant
sévèrement atteint se poursuivant par des scores bas dans ce domaine et
un enfant indemne de troubles de fonctions cognitives après
traumatisme, présentant des troubles secondaires du langage, à la
faveur des phénomènes du développement cérébral. Les données
disponibles sont parfois maigres pour trancher entre ces deux
hypothèses.
Le syndrome de l\'enfant secoué [SES], qui est détaillé
dans un autre chapitre de ce livre, a permis à Christine Bonnier
d\'étudier de manière approfondie l\'intervalle libre neuropsychologique
après des sections sous-corticales dues à des secouages (Bonnier,
Nassogne et Evrard, 1996; Bonnier et collaborateurs, 1999) résume la
chronologie d\'apparition des séquelles. La quasi totalité des enfants
sévèrement secoués développent des troubles neuropsychologiques et,
bien souvent, un retard mental, au minimum léger ou modéré, nécessitant
une prise en charge en milieu scolaire spécialisé. Neuf dixièmes des
enfants secoués développent de sévères troubles d\'apprentissage et/ou
des handicaps mentaux dus à ce genre de lésions (Bonnier et al, 1996).
Le secouage précoce doit donc être envisagé dans un bilan de retard.
Il est souvent difficile d\'estimer la part respective des lésions
cérébrales de celle d\'un environnement peu stimulant et des
perturbations psychodynamiques et sociales, ainsi que de la possibilité
de syndromes associés (alcoolisme foetal, usage de drogues pendant la
grossesse, … ). Duyme, Dumaret et Tomkiewicz (1999) viennent de publier
des données cruciales à cet égard, qui méritent d\'être citées en
détail. De 5.003 dossiers d\'enfant adoptés, ils ont retenu pour leur
étude 65 dossiers d\'enfants adoptés entre 4 et 6 ans, ayant subi des
sévices ou des négligences avant leur adoption et ayant un quotient
intellectuel [QI] inférieur à 86 avant leur adoption (moyenne: 77;
déviation standard [DS]: 6,3). Retestés à l\'adolescence (âge moyen:
13,5), ceux de ces enfants adoptés dans des familles à niveau
socioéconomique modeste ont un QI moyen de 85 (DS: 17) et ceux adoptés
dans des familles à niveau socioéconomique élevé ont un QI moyen de 98
(DS: 14,6). Duyme et coll. montrent aussi: (a) que les QI individuels
de ces enfants à l\'adolescence restent en relation avec leur QI avant
adoption; (b) à l\'adolescence, les QI verbaux de ces enfants sont
significativement plus bas que les QI performance. Ces résultats
montrent donc un gain important, modulé par les conditions
socioéconomiques (DUYME M, DUMARET AC, & TOMKIEWICZ S. How can we
boost Iqs of "dull chidren" ?: A late adoption study. Proceedings of
the Natioan Academy of Sciences USA [PNAS], 1999, 96: 8790-8794).
La
notion d\'intervalle libre est une question importante de la
neurobiologie du développement. Elle est cruciale en neuropsychologie
pédiatrique, en traumatologie crâniocérébrale, et en médecine légale
pédiatrique.
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