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Bases neurobiologiques de la dyslexie et de difficultés d'apprentissage |
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24-02-2005 |
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Page 1 sur 4 Introduction
La
connaissance des bases neurales de la cognition est un objectif crucial
pour les neuropsychologues, les neuropédiatres et les neurobiologistes
(Evrard et al., 1992; Evrard et al., 1996; Rakic et al., 1994; de
Schonen, Mancini & Liégeois, 1998; de Schonen et Livet, sous
presse). De nouveaux modèles issus de travaux récents permettront
peut-être de créer un système conceptuel commun à plusieurs niveaux
d'observation. Les concepts devenant plus complexes, les polémiques
entre les extrémistes localisationnistes et antilocalisationnistes,
entre les préformistes (1) et les tenants de la tabula rasa sont en
cours d'extinction. Il n'y a plus vraiment de localisationnistes au
sens classique du terme: il y a ceux pour qui le cortex est un réseau
unique que les stimulations de l'environnement autoorganisent et ceux
qui pensent que l'organisation du cortex à la base des compétences
cognitives se fait sous l'effet de l'interaction entre un certain
nombre de contraintes internes "préorganisatrices" et les stimulations
de l'environnement. Patrick BERQUIN, Isabelle HUSSON, Pierre GRESSENS,
Christine BONNIER, Anne VAN HOUT et Philippe EVRARD La recherche d'une unité corticale fondamentale à la
fois structurelle et fonctionnelle dans le cerveau mature a conduit à
étudier de façon approfondie le développement des unités néocorticales
radiaires, tant sur le plan phylogénétique qu'ontogénique (Evrard et
al, 1996; Evrard et collaborateurs, 1997a et 1997b; 1997; O'Brien
& Yule, 1995; Reiss et al., 1995) (Tableau 1).
Ces progrès
des outils, des données et des concepts permettent de mieux appréhender
l'élaboration des différents processus, de la transmission synaptique
aux fonctions cognitives. L'étude des facteurs génétiques,
épigénétiques et d'environnement sous-tend tout le contenu de ce
chapitre (Tableau 2).
Des revues des aspects cliniques et des
mécanismes fondamentaux des troubles de l'apprentissage ayant été
récemment publiées, nous ne présentons ici que des données récentes ou
complémentaires pour la compréhension de problèmes d'apprentissage
(Evrard et al, 1996; Evrard et al, 1997a et 1997b; Rapin, 1996; Rapin
& Segalowitz, 1992). Nous n'aborderons pas le syndrome de l'alcool
fœtal ni le syndrome fœtal de la cocaïne, car ils sont traités dans un
autre chapitre de ce livre (Gressens et collaborateurs, 1999; Gressens,
Kosofsky & Evrard, 1992; Nassogne, Evrard, Courtoy, 1998). Le
syndrome hyperkinétique avec déficit de l'attention [ADHD] fait aussi
l'objet d'un autre chapitre de cet ouvrage (Vallée, 1999; Berquin et
al., 1998; Filipek et al., 1997; Castellanos et al., 1996; Castellanos,
1999; Denckla, 1996; Van Hout et Evrard, 1994).
1. La dyslexie
Trouble
important de l'apprentissage de la lecture en l'absence de déficit
général du développement mental et en l'absence de difficultés majeures
de la reconnaissance des formes visuelles, la dyslexie est un trouble
du langage écrit (2) . De nombreux travaux s'accordent aujourd'hui pour
y voir le résultat de dysfonctionnements dans les processus
phonologiques et/ou visuels impliqués dans la reconnaissance des mots
(Wagner et Torgeson, 1987). D'autres déficits cognitifs peuvent être
associés tels que des troubles de la dénomination ou de la mémoire
verbale (Mann et Brady, 1988). Dès 1968, des anomalies de la migration
ont été décrites au niveau du cortex de dyslexiques (anomalies de la
giration, ectopies neuronales) principalement dans l'hémisphère gauche
et en particulier au niveau des aires périsylviennes, qui pourraient
être à l'origine d'un dysfonctionnement des circuits impliqués dans les
processus séquentiels qui caractériseraient le mode de traitement des
signaux dans certaines régions, particulièrement temporales, du cortex
de l'hémisphère gauche (pour une revue, voir Galaburda, 1993). La
découverte de dysfonctions au niveau des couches magnocellulaires des
corps genouillés externe et interne suggère aussi la participation
d'anomalies «développementales» des systèmes visuels et auditifs (3).
Ces couches magnocellulaires jouent un rôle dans le traitement rapide
de l'information (Livingstone et collaborateurs, 1991). La coexistence
d'anomalies à la fois corticales et des corps genouillés suggère un
mécanisme ontogénique commun: les lésions corticales initiales seraient
à l'origine d'anomalies secondaires des corps genouillés; la séquence
pourrait être inverse, mais c'est moins probable. Ces anomalies
impliquant à la fois le cortex temporal et les afférences visuelles et
auditives peuvent expliquer les bons résultats de certaines méthodes de
rééducation telles que celle développée très récemment par Paula Tallal
[stimulations spécifiques présentées sous forme de jeux vidéo et visant
à l'apprentissage rapide du traitement temporel d'intervalles brefs et
séquentiels] (Merzenich, 1996). Enfin, des facteurs génétiques semblent
jouer un rôle, même s'ils sont profondément modulés par des facteurs
«vironnementaux», liés aux stimulations et peut-être, dans certains
cas, à des mécanismes immunitaires et hormonaux. Plus récemment, des
études quantitatives anatomiques et radiologiques effectuées chez des
dyslexiques et des dysphasiques suggèrent une absence anormale de
l'asymétrie physiologique (Gauche > Droite) des lobes temporaux au
niveau du planum temporal et de l'aire pariétale suprasylvienne ainsi
qu'un volume plus important que la normale du corps calleux dans sa
portion isthmique, en relation avec les performances verbales (Rumsey
et collaborateurs, 1997a et 1997b; Habib, 1997). La signification des
"asymétries" observées chez les contrôles normaux et des "absences
d'asymétrie" chez des dyslexiques reste incertaine; elles pourraient
être secondaires à une inhibition de la perte synaptique dans les
régions pariétotemporales droites ou n'être que le témoin de la
latéralisation du langage, de phénomènes de compensation ou encore être
induites par la rééducation. Les études réalisées en imagerie
fonctionnelle ont permis de visualiser les régions cérébrales
impliquées dans les processus nécessaires à l'élaboration et à la
compréhension du langage et ont confirmé les résultats des études
morphologiques obtenues par contrôles anatomiques et par imagerie
structurelle. L'imagerie fonctionnelle révèle, lors de tâches
phonologiques chez des dyslexiques, une activation localisée dans les
mêmes régions que chez les individus non déficitaires: l'aire de Broca
est activée dans les tâches rythmiques, le cortex temporo-pariétal lors
de la mise en jeu de la mémoire à court terme, alors que la région
insulaire gauche, qui constitue un lien entre ces deux régions, est
activée chez le contrôle normal et n'est pas activée chez les
dyslexiques qui ont été examinés à cet égard (Rumsey et Eden, 1997;
Paulesu et collaborateurs., 1996). Enfin, l'absence d'activation
normale d'une région du système visuel magnocellulaire a pu être mise
en évidence par IRM fonctionnelle (Eden et collaborateurs, 1996). Ces
connaissances (4) encore très imparfaites des mécanismes impliqués dans
la dyslexie permettent non seulement de mieux comprendre cette
pathologie fréquente mais aident également à l'élaboration de
stratégies de rééducation. Il est important de favoriser les approches transdisciplinaires de la
dyslexie, en particulier celles suscitées par l'étude de l'Evolution de
l'espèce humaine (de Schonen et Livet, 2000). L'écriture a été inventée
assez récemment dans l'histoire de l'Humanité. La contribution des
"historiens" est donc cruciale; les linguistes sont en mesure de nous
la fournir en donnant une description systématique des règles de
transcription oral/écrit dans différentes langues à différentes
époques. Les particularités cérébrales mises en évidence dans les
dyslexies sont toujours situées aux mêmes endroits, comme s'il existait
de tout temps des réseaux neuronaux destinés à la lecture. Cela n'est
pas surprenant. Pour lire, il faut utiliser les "calculs" faits par des
réseaux de neurones qui associent (selon des règles qui sont
arbitraires et doivent être apprises) des signaux extraits de
traitements auditifs et phonologiques réalisés par d'autres réseaux, à
des signaux (les lettres et les assemblages de lettres) élaborés par
des réseaux traitant des formes visuelles. Ces apprentissages et ce
"calcul" ne peuvent se faire n'importe où dans le cortex, car les
connexions des réseaux nécessaires ne sont pas présentes partout. Les
tâches de collaboration entre "neurobiologistes", psychologues et
linguistes s'articulent donc particulièrement sur les points suivants.
(a) En quoi les réseaux des dyslexiques diffèrent-ils de ceux des non
dyslexiques ? Comment les réseaux se préparent-ils, avec leurs
particularités, pendant le développement, notamment fœtal ? Est-il
possible de favoriser des entraînements qui permettraient de stabiliser
des connections ailleurs dans le cerveau et qui associeraient des
informations de manière alternative et favorable ? (b) Le linguiste
pourrait repérer, décrire, caractériser les classes d'erreur commises
par les dyslexiques dans les différentes langues et écritures; le
neuropsychologue identifie les mécanismes (de production de parole, de
perception visuelle, etc …) susceptibles de produire ces erreurs. Ils
permettent ainsi des hypothèses sur les mécanismes neuronaux
sous-jacents (de Schonen, 1999 référence 11 ! ; de Schonen et Livet,
2000).
Des mécanismes psychodynamiques jouent sans doute aussi un
rôle important pour l'expression ou pour la compensation des circuits
neuronaux en cause (Cohen-Solal et Golse, 1999). Des exemples seront
donés ci-dessous à propos des fonctions "exécutives".
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Dernière mise à jour : ( 10-03-2005 )
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