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Page 1 of 2 L'état de mal épileptique [EME], a été défini par Gastaut (1), comme un
"état caractérisé par une crise épileptique qui persiste suffisamment
longtemps, ou se répète à des intervalles suffisamment brefs pour
constituer une condition épileptique fixe et durable ". La durée
"suffisante", définissant un EME est interprétée différemment selon les
auteurs. Dans les séries les plus anciennes (2), elle était de 60
minutes alors qu'actuellement elle est de 20 à 30 minutes (3, 4, 5, 6).
L' EME peut n'être qu'une seule crise ou correspondre à des crises
"subintrantes" (crises répétées dont la suivante débute avant que la
précédente ne soit totalement terminée, sans reprise d'une conscience
normale), d'une durée supérieure à 20 ou 30 minutes. Une crise est dite
prolongée lorsque, sa durée est comprise entre 10 et 20 minutes. Enfin
les crises "sérielles" où le patient récupère un état de vigilance
normal entre les épisodes critiques n'entrent pas dans la définition de
l'EME même si elles précèdent souvent son apparition. Isabelle HUSSON, Alexis ARZIMANOGLOU, Pierre GRESSENS,
François BEAUFILS et Philippe EVRARD Le pronostic final de l'état de mal épileptique semble être avant tout
conditionné par la maladie de base. Toutefois la plupart des travaux
récents, cliniques et expérimentaux, suggèrent que l'état de mal
lui-même comporte un risque lésionnel, qui justifie des efforts
importants pour prévenir l'état de mal ou y mettre fin d'urgence (pour
une revue complète de ces travaux récents, voir Wasterlain, 1999)(7).
Le risque de l' «état de mal électrique» sans manifestation cliniques
est difficile à évaluer.
D'importants progrès en
neurobiologie du développement ont ouvert des voies nouvelles pour la
compréhension de l'EME et ont fourni des bases pour une «uroprotection»
dans les épilepsies (8). Durant les dernières décennies, des essais
cliniques ont été entrepris sur le traitement de l'EME chez l'enfant.
En dépit de ces robustes efforts, la stratégie d'utilisation des
médicaments dans l'EME reste extrêmement variable d'un centre
pédiatrique à l'autre (9, 10). Plusieurs «nférences de consensus» à ce
sujet ont aggravé la situation en remplaçant une vraie recherche par
d'empiriques «mpromis de consensus» qui souvent freinent la recherche
lorsqu'il s'agit de domaines dans lesquels les données solidement
établies sont insuffisantes. Le contenu du présent chapitre reflète
cette incertitude de l'état de l'art dans le domaine du traitement de
l'EME. En particulier, (i) les associations médicamenteuses sont basées
sur des hypothèses raisonnables et non sur des essais cliniques
contrôlés; (ii) la chronologie précise des événements est complexe et
très variable, rendant difficiles les études multicentriques; (iii) la
zone d'incertitude est difficile à cerner entre le traitement
insuffisant et le traitement excessif, avec ses risques de dépression
respiratoire et d'hypotension; (iv) les données obtenues chez l'adulte
ne sont pas nécessairement applicables à l'enfant; (v) le suivi à long
terme est rarement obtenu alors qu'il est essentiel pour juger des
conséquences de lésions interférant avec le développement; (vi) des
données très solides sur la neuroprotection ont été obtenues récemment
sur des modèles animaux; leur transfert aux épilepsies de l'homme est
extrêmement prometteur mais les données pratiques sont encore maigres.
Le traitement de l'EME cliniquement apparent est urgent et obligatoire
afin de prévenir des lésions définitives provoquées par l'activité
convulsive et par d'éventuelles complications circulatoires et
respiratoires. Ainsi que cela a déjà été évoqué ci-dessus, les
conséquences à long terme des EME «rement électriques» ou
«fracliniques» n'ont pas été documentés chez l'enfant en ce qui
concerne leur excitotoxicité neurale, la déplétion énergétique,
l'épuisement des nutriments, et les autres mécanismes lésionnels
possibles; la recommandation de tenter d'arrêter des décharges EEG
continues est donc raisonnable mais ne s'impose pas fermement sur la
base d'essais cliniques contrôlés. Les EME infracliniques doivent être
distingués d'une autre entité, le syndrome des pointes ondes continues
du sommeil lent, que l'on ne considère généralement pas comme une
urgence médicale. Le «eudo état de mal épileptique» d'origine
psychologique n'est pas rare chez l'enfant et l'adolescent; ce tableau
clinique est parfois difficile à diagnostiquer car certains patients
ont à la fois des pseudoconvulsions et des convulsions et le pseudo
état de mal fait parfois suite à de vraies manifestations épileptiques
(11, 12).
Le traitement rapide de l'EME (Tableau 1) est crucial
car les dommages résiduels dépendent de la durée des épisodes et
l'efficacité du traitement contre l'EME diminue avec la durée des
crises au moment de l'instauration. Peut-être plus important encore est
le fait que le traitement précoce permet d'éviter l'entrée dans l'EME
pour des patients qui se trouvent à la limite entre crises répétées et
EME. Les crises répétées qui risquent de se transformer en EME débutant
surviennent le plus souvent à l'extérieur de l'hôpital; la prévention
de l'EME prolongé et résistant est donc basée avant tout sur la
médecine extrahospitalière et particulièrement sur l'action du pédiatre
général (13). Aux Etats-Unis, la «Food and Drug Administration» a
approuvé l'utilisation d'un diazepam rectal à résorption rapide, vendue
sous une forme d'administration facile par la famille ou l'entourage.
Au stade de prodrome d'EME, notre préférence va au lorazepam (Amand et
Evrard, 1976; Appleton, 1995; Treiman, 1998)(14, 15, 16), qui peut être
remplacé par le diazepam lorsque le lorazepam n'est pas disponible.
Dans notre expérience ainsi que dans la revue que nous avons faite de
120 centres pédiatriques (9, 10), un long délai s'écoule souvent entre
la première dose de benzodiazépine et la deuxième administration du
même ou d'un autre antiépileptique; cela est parfois dû au fait qu'à
l'admission les médecins des services d'urgence mettent comme première
priorité l'exécution de nombreux examens de laboratoire avant
d'administrer autre chose que la dose initiale de diazepam ou de
lorazepam. Nous pensons que cela peut être désavantageux: un traitement
antiépileptique initial important peut réduire le risque de
développement d'un EME sévère et pharmacorésistant. C'est le motif pour
lequel nous suggérons l'association urgente de fosphénytoïne ou de
phénytoïne, outre la diazépine initiale, et cela bien avant de
collecter les résultats des examens complémentaires. Une telle attitude
va aussi dans le sens des données récemment publiées chez l'adulte par
Treiman (16). Un argument supplémentaire pour agir ainsi est l'effet
potentiellement synergique de l'association précoce de fosphénytoïne ou
de phénytoïne avec une diazépine; en effet, la phénytoïne est
antagoniste de la libération d'acides aminés excitotoxiques tandis que
les diazépines sont des agents GABAerquiques, s'opposant à l'effet
excitateur du glutamate libéré (17, 18).
La prévention des
complications systémiques de l'EME est aussi importante que la
prévention des complications neurologiques (Tableau 2); outre leurs
risques intrinsèques, les complications neurologiques et systémiques
peut s'exacerber les unes les autres.
Les investigations
étiologiques doivent être complétées aussi rapidement que possible, de
préférence après un traitement antiépileptique méticuleux, comme
suggéré ci-dessus. Le Tableau 3 fournit un diagnostic différentiel
étiologique.
Conclusions et perspectives
Dans
les pays riches, nous avons assisté à la décroissance spectaculaire de
l'EME «yptogénétique», et particulièrement du syndrome
d'hémiconvulsions - hémiplégie (syndrome «HHE»); cette évolution
épidémiologique spectaculaire est probablement due à un meilleur
traitement des syndromes fébriles. Selon Aicardi et Chevrie (19), pour
77% des enfants qui présentent un EME, l'EME est l'entrée dans
l'épilepsie. Les risques fonctionnels des EME cryptogénétiques restent
cependant une priorité majeure dans nos pays car ces EME n'ont pas
disparu et leurs séquelles sont souvent majeures.
De
puissants médicaments antiépileptiques sont disponibles et sont
capables de prévenir des EME au stade prodromique («appes» de crises)
ou d'arrêter rapidement la plupart des EME lorsqu'ils sont pris à leur
début: lorazepam et fosphenytoïne semblent être les leaders actuels et
leur association précoce semble particulièrement favorable ( 20, 21, 22
). Nous conseillons de réduire le délai habituel entre l'administration
des deux médicaments d'une telle association, afin de réduire le nombre
de cas «résistants».
A des stades plus avancés de l'EME,
d'anciens médicaments et de nouvelles sustances parviennent souvent à
arrêter les EME dans les 24 heures. Des déficits résiduels viennent
compliquer la majorité de ces cas résistants. Nous espérons que les
agents neurprotecteurs vont réduire ces déficits. Utilisés sur les
modèles animaux, plusieurs agents neuroprotecteurs réduisent les
déficits de manière spectaculaire. Malheureusement, les antagonistes
NMDA actuellement disponibles ont des effets toxiques. Parmi les agents
neuroprotecteurs prometteurs à tester ou à retester sur des modèles
animaux d'abord, en expérimentation clinique ensuite, mentionnons le
magnésium, le VIP (peptide vasoactif intestinal), la lamotrigine, le
felbamate, l'acide acétylsalicylique, les stéroïdes, les agents
GABAergiques (23).
Pour les raisons exposées dans l'introduction, la
plupart des concepts et des données présentées dans ce chapitre doivent
être l'objet de recherches fondamentales et cliniques conduites de
manière systématique et dont les résultats conduiront à modifier
souvent la conduite à tenir proposée dans le Tableau 1.
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