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Stimulation et développement du système nerveux PDF Print E-mail
jeudi, 24 février 2005
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Stimulation et développement du système nerveux
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La dendritogenèse et l'axogenèse décrites pendant la vie fétale se poursuivent massivement jusqu'à l'âge de quatre ans et contribuent à l'augmentation du volume cérébral et de la surface corticale. Au niveau du cortex, la synaptogenèse se poursuit, en vagues successives, jusqu'à la puberté et au-delà. 

Des morts positives ...  Bien qu'ils soient déjà actifs avant la naissance, le "pruning" (élagage) axonal, la stabilisation et l'élimination synaptiques et la mort cellulaire programmée de neurones sont spécialement intenses pendant la vie post-natale. Tant ces événements "additifs" (la création de nouveaux prolongements et de nouvelles connexions) que ceux de ces phénomènes qui paraissent "soustractifs" (la mort "normale" de neurones pendant le développement, qui peut atteindre un tiers d'entre eux) sont indispensables et ont une signification positive pour créer des connexions spécifiques entre les différentes régions du cortex.

Parmi les "soustractions positives", le phénomène de stabilisation synaptique mérite d'être quelque peu détaillé. Durant le développement cérébral, des synapses sont massivement surproduites et donnent lieu à des connexions redondantes entre neurones. Beaucoup de synapses seront ensuite éliminées, sauf celles qui ont été engagées dans des activités neuronales spontanées et surtout dans des activités neuronales stimulées ou provoquées par l'environnement. Cette étape d'élimination de synapses redondantes et de maintien ("stabilisation") de synapses "sélectionnées", surtout par l'action de l'environnement est cruciale pour l'équipement cérébral futur, culmine pendant les premières années de la vie et donnera à l'environnement et aux stimulations l'occasion d'apporter une empreinte indélébile sur le cerveau de l'enfant. On peut imaginer que ce mécanisme a eu et gardera une influence cruciale sur l'évolution des espèces de mammifères.

Plasticité et modulation  L'organisation du cerveau est unique et "personnelle" pour chacun d'entre nous: elle est le résultat et reflète les interactions constantes  qui existent depuis notre conception entre notre héritage génétique et l'environnement, dont nous avons bénéficié et/ou dont nous avons été les victimes. C'est ce qui rend aussi notre présence et notre contribution, quelles qu'elles soient, "irremplaçables" (au sens strict du terme) pour la Communauté humaine et pour l'Evolution. La capacité des structures cérébrales de se développer de manière variée est décrite sous le terme de plasticité. La plasticité nerveuse porte sur le nombre de neurones, sur leurs formes et sur la manière dont ils s'associent en réseaux. Les maladies, les agressions de l'environnement, les mutations génétiques sont à l'origine de déficits qui sont souvent d'autant plus sévères qu'ils surviennent plus tôt pendant le développement. Les lésions cérébrales qui en découlent ne peuvent presque jamais être entièrement gommées. La plasticité cérébrale permet heureusement l'établissement de réseaux compensatoires qui peuvent au moins partiellement compenser la fonction perdue.

L'étude de Ramey 1992) est d'une extrême importance. Ils ont pu montrer qu'un programme de trois années de stimulation adaptée faisait gagner 13 points de Q.I. aux enfants de poids inféreir à 2.000 g. Bonnier et Huttenlocher ont récemment procédé à une étude d'importance cruciale concernant la plasticité cérébrale et son exploitation possible en faveur de l'enfant négligé ou lésé. Sous l'influence de la stimulation des membres, ils ont montré la stabilisation d'axones moteurs surnuméraires normalement destinés à disparaître qui ont été stabilisés et sont devenus compensatoires. Cela ouvre de  réels espoirs pour la prise en charge de la déprivation et des lésions cérébrales au cours du développement.

Des données très nouvelles sur la dyslexie ?  Depuis une vingtaine d'années, le cerveau des dyslexiques a été étudié de manière de plus en plus précise et les conclusions, surtout basées sur les travaux d'Albert Galaburda et de Livingstone, deviennent solides: des anomalies corticales et sous-corticales prédominant dans la région périsylvienne gauche, pouvant affecter le traitement des informations séquentielles (temporelles) dans l'hémisphère gauche; un déficit du système magnocellulaire des corps genouillés médians et latéraux, avec difficulté de traitement des stimuli sensoriels très rapides. Ces anomalies «développementales» sont confirmées par les récentes études d'imagerie effectuées à Marseille par Michel Habib et par les analyses métaboliques régionales effectuées à Londres en tomographie par émission de positons. Des stimulations spécifiques (programmes présentés sous forme de jeux vidéo et visant à l'apprentissage rapide du traitement temporel séquentiel) proposées par Paula Tallal semblent améliorer les dyslexiques de manière très rapide et spectaculaire. L'atteinte «développementale» du système cortical et sous-cortical du traitement séquentiel des informations explique très bien les résultats obtenus par la méthode de Tallal.

Les limites entre le normal et le pathologique  On peut dire que le cycle complet du développement est tellement complexe que c'est un miracle chaque fois qu'il se termine bien. Heureusement, c'est le cas le plus souvent dans l'ensemble de nos populations. Dans bien des "groupes à risque" qui sont membres de notre communauté, le succès du développement est loin d'être le miracle quotidien dont nous parlions. Dans les groupes qui ne sont pas "à risque", la fréquence des problèmes du développement en fait une lourde minorité; des évaluations statistiques ont été évoquées plus haut. Il est certainement légitime de bien séparer le préventif du curatif, sur le plan du budget et des rôles de chacun, afin d'assurer l'efficacité et d'éviter la confusion. La séparation complète et artificielle du normal et du pathologique doit cependant être soigneusement évitée. Cette séparation est non seulement dépourvue de valeurs scientifiques et médicales mais elle est aussi dépourvue de valeurs humaines.  Cela conduit à séparer artificiellement tous ceux qui souffrent d'un problème quelconque de la population normale.  Dans un grand nombre de cas, il n'y a vraiment pas de distinction entre des situations pathologiques et des situations défavorisées.  Pour beaucoup de handicaps relativement bénins, des conditions optimales et "normales" sont la seule garantie d'amélioration et même de guérison complète.  Pour toutes ces raisons pratiques, éthiques, scientifiques et avant tout pour les bons résultats à obtenir dans certaines tranches de la population normale et pour la normalisation des résultats chez les handicapés légers, toute distinction artificielle et rigoureuse entre le normal et le pathologique doit être formellement déconseillée.


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