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dendritogenèse et l'axogenèse décrites pendant la vie fétale se
poursuivent massivement jusqu'à l'âge de quatre ans et contribuent à
l'augmentation du volume cérébral et de la surface corticale. Au niveau
du cortex, la synaptogenèse se poursuit, en vagues successives, jusqu'à
la puberté et au-delà.
Des morts positives ... Bien qu'ils
soient déjà actifs avant la naissance, le "pruning" (élagage) axonal,
la stabilisation et l'élimination synaptiques et la mort cellulaire
programmée de neurones sont spécialement intenses pendant la vie
post-natale. Tant ces événements "additifs" (la création de nouveaux
prolongements et de nouvelles connexions) que ceux de ces phénomènes
qui paraissent "soustractifs" (la mort "normale" de neurones pendant le
développement, qui peut atteindre un tiers d'entre eux) sont
indispensables et ont une signification positive pour créer des
connexions spécifiques entre les différentes régions du cortex. Parmi les "soustractions positives", le phénomène de stabilisation
synaptique mérite d'être quelque peu détaillé. Durant le développement
cérébral, des synapses sont massivement surproduites et donnent lieu à
des connexions redondantes entre neurones. Beaucoup de synapses seront
ensuite éliminées, sauf celles qui ont été engagées dans des activités
neuronales spontanées et surtout dans des activités neuronales
stimulées ou provoquées par l'environnement. Cette étape d'élimination
de synapses redondantes et de maintien ("stabilisation") de synapses
"sélectionnées", surtout par l'action de l'environnement est cruciale
pour l'équipement cérébral futur, culmine pendant les premières années
de la vie et donnera à l'environnement et aux stimulations l'occasion
d'apporter une empreinte indélébile sur le cerveau de l'enfant. On peut
imaginer que ce mécanisme a eu et gardera une influence cruciale sur
l'évolution des espèces de mammifères.
Plasticité et modulation
L'organisation du cerveau est unique et "personnelle" pour chacun
d'entre nous: elle est le résultat et reflète les interactions
constantes qui existent depuis notre conception entre notre héritage
génétique et l'environnement, dont nous avons bénéficié et/ou dont nous
avons été les victimes. C'est ce qui rend aussi notre présence et notre
contribution, quelles qu'elles soient, "irremplaçables" (au sens strict
du terme) pour la Communauté humaine et pour l'Evolution. La capacité
des structures cérébrales de se développer de manière variée est
décrite sous le terme de plasticité. La plasticité nerveuse porte sur
le nombre de neurones, sur leurs formes et sur la manière dont ils
s'associent en réseaux. Les maladies, les agressions de
l'environnement, les mutations génétiques sont à l'origine de déficits
qui sont souvent d'autant plus sévères qu'ils surviennent plus tôt
pendant le développement. Les lésions cérébrales qui en découlent ne
peuvent presque jamais être entièrement gommées. La plasticité
cérébrale permet heureusement l'établissement de réseaux compensatoires
qui peuvent au moins partiellement compenser la fonction perdue. L'étude de Ramey 1992) est d'une extrême importance. Ils ont pu montrer
qu'un programme de trois années de stimulation adaptée faisait gagner
13 points de Q.I. aux enfants de poids inféreir à 2.000 g. Bonnier
et Huttenlocher ont récemment procédé à une étude d'importance cruciale
concernant la plasticité cérébrale et son exploitation possible en
faveur de l'enfant négligé ou lésé. Sous l'influence de la stimulation
des membres, ils ont montré la stabilisation d'axones moteurs
surnuméraires normalement destinés à disparaître qui ont été stabilisés
et sont devenus compensatoires. Cela ouvre de réels espoirs pour la
prise en charge de la déprivation et des lésions cérébrales au cours du
développement. Des données très nouvelles sur la dyslexie ? Depuis une vingtaine
d'années, le cerveau des dyslexiques a été étudié de manière de plus en
plus précise et les conclusions, surtout basées sur les travaux
d'Albert Galaburda et de Livingstone, deviennent solides: des anomalies
corticales et sous-corticales prédominant dans la région périsylvienne
gauche, pouvant affecter le traitement des informations séquentielles
(temporelles) dans l'hémisphère gauche; un déficit du système
magnocellulaire des corps genouillés médians et latéraux, avec
difficulté de traitement des stimuli sensoriels très rapides. Ces
anomalies «développementales» sont confirmées par les récentes études
d'imagerie effectuées à Marseille par Michel Habib et par les analyses
métaboliques régionales effectuées à Londres en tomographie par
émission de positons. Des stimulations spécifiques (programmes
présentés sous forme de jeux vidéo et visant à l'apprentissage rapide
du traitement temporel séquentiel) proposées par Paula Tallal semblent
améliorer les dyslexiques de manière très rapide et spectaculaire.
L'atteinte «développementale» du système cortical et sous-cortical du
traitement séquentiel des informations explique très bien les résultats
obtenus par la méthode de Tallal.
Les limites entre le normal
et le pathologique On peut dire que le cycle complet du développement
est tellement complexe que c'est un miracle chaque fois qu'il se
termine bien. Heureusement, c'est le cas le plus souvent dans
l'ensemble de nos populations. Dans bien des "groupes à risque" qui
sont membres de notre communauté, le succès du développement est loin
d'être le miracle quotidien dont nous parlions. Dans les groupes qui ne
sont pas "à risque", la fréquence des problèmes du développement en
fait une lourde minorité; des évaluations statistiques ont été évoquées
plus haut. Il est certainement légitime de bien séparer le préventif du
curatif, sur le plan du budget et des rôles de chacun, afin d'assurer
l'efficacité et d'éviter la confusion. La séparation complète et
artificielle du normal et du pathologique doit cependant être
soigneusement évitée. Cette séparation est non seulement dépourvue de
valeurs scientifiques et médicales mais elle est aussi dépourvue de
valeurs humaines. Cela conduit à séparer artificiellement tous ceux
qui souffrent d'un problème quelconque de la population normale. Dans
un grand nombre de cas, il n'y a vraiment pas de distinction entre des
situations pathologiques et des situations défavorisées. Pour beaucoup
de handicaps relativement bénins, des conditions optimales et
"normales" sont la seule garantie d'amélioration et même de guérison
complète. Pour toutes ces raisons pratiques, éthiques, scientifiques
et avant tout pour les bons résultats à obtenir dans certaines tranches
de la population normale et pour la normalisation des résultats chez
les handicapés légers, toute distinction artificielle et rigoureuse
entre le normal et le pathologique doit être formellement
déconseillée.
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