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Page 2 of 5 Nous avons aussi découvert que ces "rayons de construction" sont
parfaitement stables depuis les mammifères qui sont au bas de
l'échelle, comme la souris, jusqu'à l'homme. La grande différence entre
les mammifères n'est donc pas l'unité de construction du cerveau, qui
reste quasiment identique, mais le nombre d'unités adjacentes (comme
une roue très sophistiquée, qui a infiniment plus de rayons, mais dont
les rayons sont les mêmes que ceux d'une roue plus simple) et les
connexions entre ces rayons tellement plus nombreux, qui sont
infiniment plus complexes Nous connaissons de mieux en mieux les
maladies de la migration neuronale au cours de la construction du
cerveau humain. Nous en donnerons deux exemples, l'alcoolisme fœtal et
le syndrome de la cocaïne fœtale. Dans le syndrome de l' «coolisme
fœtal», les neurones ne s'arrêtent pas à temps et migrent trop loin,
parfois même sortent du cerveau proprement dit pour former des amas
sous les méninges. Cette maladie, due à l'alcoolisme maternel pendant
la grossesse est malheureusement fréquente et dans bien des populations
se situerait parmi les trois causes principales de débilité mentale et
de troubles du développement. La prévention en est indispensable en
décourageant l'utilisation des boissons alcoolisées par les femmes
enceintes. Les femmes enceintes qui utilisent de la cocaïne
transmettent la drogue à l'enfant qu'elles attendent; le fœtus, mal
équipé pour l'éliminer, l'accumule d'ailleurs plus encore que sa mère.
Chez le fœtus normal, l'endroit où chaque neurone s'arrête dans sa
trajectoire migratoire est soigneusement programmé génétiquement, pour
former les "couches" successives du cortex. Cette programmation est
perturbée par la cocaïne et nombre de neurones drogués se trompent de
couche. Une fois fixés dans une couche où ils n'étaient pas attendus,
les neurones mal situés n'auront pas un fonctionnement optimal et
l'enfant dont la mère a utilisé la cocaïne pendant la grossesse devra
se contenter toute sa vie d'un cerveau dont la construction n'a pas été
optimale. Les stimulations intensives, l'affection, un soin tout
spécial pour son éducation pourront sans doute compenser une partie des
dégâts prénataux, mais c'est évidemment une forme grave de sévices
prénataux d'abîmer la construction du cerveau de son enfant en lui
"injectant" de la cocaïne par le placenta. Dans notre pays,
l'alcoolisme fœtal n'est pas rare. Le syndrome de la cocaïne fœtale est
moins fréquent. Dans certains quartiers des grandes villes américaines,
plus de 15 % des femmes enceintes utilisent de la cocaïne. Cela semble
dû au plaisir particulier qu'apporte le "crack" (la forme de cocaïne
cristalline qui produit un bruit de craquement lorsqu'on la chauffe en
la fumant). On doit cependant craindre que le marché de la drogue
parvienne à faire pénétrer plus massivement la cocaïne dans notre
pays, comme ce fut le cas aux Etats-Unis. Il faut dès maintenant tout
faire pour soustraire, pendant la délicate période de sa construction,
le cerveau du fétus à toute drogue et à l'alcool qui détériorent et
introduisent des erreurs irréversibles dans les plans de construction
du cerveau. Evidemment, si le mal a été fait, il faut apporter toute
l'aide nécessaire pour réduire les dégâts et éviter la culpabilisation
excessive de la mère tout en prenant les mesures pour réduire les
risques pour les grossesses ultérieures. La croissance et la
différenciation des neurones: de la moitié de la grossesse jusqu'à
l'âge adulte ... et au-delà. De vingt à quarante semaines de vie
intrautérine, la plupart des neurones du cerveau fœtal humain sont déjà
formés et en place. Le développement va alors consister en une
croissance et en une différenciation qui se poursuivront et
s'amplifieront durant la vie postnatale sans que la naissance constitue
une interruption: poussée des prolongements neuronaux -les axones et
les dendrites- , arborisation croissantes des dendrites, apparition et
modelage des synapses - les contacts interneuronaux - . Pour compléter
la qualité du "câblage électrique", la myélinisation, parallèle à la
fonction, commence avant la naissance, surtout au niveau du système
stato-acoustique et des racines motrices. Cette différenciation
neuronale prénatale est encore peu étudiée chez l'homme et les méthodes
d'approche restent difficiles. Les principaux éléments de cette
croissance et de cette différentiation prénatales peuvent se résumer de
la manière suivante. Une fois qu'ils ont atteint la place qui leur est
réservée (qu'ils ont terminé leur migration), beaucoup de neurones
s'équipent de prolongements par lesquels ils envoient leurs influx à
distance, les axones . Les axones en formation doivent trouver leur
chemin dans les structures déjà complexe du cerveau en développement;
ils doivent atteindre leur "cible": un autre neurone bien précis,
parfois situé à grande distance. L'axone qui "pousse" ainsi au départ
du corps cellulaire du neurone auquel il appartient est pourvu d'un
cône de croissance - une sorte de tête chercheuse qui s'oriente grâce à
des signaux chimiques qu'il échange avec les milieux extracellulaires
dans lesquels il passe. Les premiers axones à pousser pour "initier"
une voie nouvelle sont appelés les "axones pionniers". Comme tous les pionniers, ils sont évidemment importants car ils
tracent le chemin pour ceux qui suivront. Comme beaucoup de pionniers,
leur gloire est aussi un peu facile: leur navigation est facilitée par
le fait qu'au moment où ils tracent la voie le cerveau est encore petit
et les distances moins longues à parcourir. Dès qu'ils touchent leur
"cible", les axones établissent d'habitude des contacts actifs -
appelés synapses - avec des dendrites appartenant à leur "neurone
cible" (celui avec lequel ils avaient été programmés à se marier). Les
axones d'un faisceau sont entre eux en compétition pour l'établissement
des synapses - décidément, cette compétition se retrouve à tous les
stades de la nature - et cette compétition a sans doute une
signification pour assurer un développement optimal. La formation des
synapses se poursuivra pendant la vie postnatale, jusqu'à la puberté et
au-delà. Beaucoup trop de synapses se forment pendant le développement;
l'élimination d'une partie d'entre elles est une étape essentielle du
développement: c'est l'élimination et la stabilisation synaptiques dont
nous reparlerons plus loin. C'est durant la deuxième moitié de la
grossesse que les circonvolutions cérébrales apparaissent. Ces
plicatures de la surface du cerveau n'existent que chez les mammifères
supérieurs et surtout chez l'homme et sont d'ailleurs perçues comme un
"attribut symbolique" du cerveau humain. Les unités verticales sont
tellement nombreuses chez l'homme (voir ci-dessus) que ces plicatures
sont nécessaires pour donner plus de place au cortex cérébral sans trop
grossir le volume de la tête. L'apparition des circonvolutions est un
phénomène tardif: les grands prématurés ont encore un cerveau lisse à
leur naissance. Les caractéristiques sexuelles de la
différenciation cérébrale prénatale ont fait l'objet de beaucoup
d'attention ces dernières années. Des anomalies "mineures" du cortex
cérébral d'origine prénatale ont été décrites dans certaines dyslexies
survenant chez le garçon; elles pourraient avoir leur origine à la fin
de la période de migration et durant la période de différenciation
prénatale (voir ci-dessous).
La croissance et la différenciation
après la naissance: des informations supplémentaires. Comme nous
l'avons déjà dit plus haut, la naissance n'introduit pas de
discontinuité dans le processus de développement du cerveau. La
production et la mise en place des neurones par migration constituent
la première phase du développement et se terminent au milieu de la
grossesse, à vingt semaines. La deuxième étape - dite de croissance et
de différentiation (c'est-à-dire l'établissement des contacts ou
synaptogenèse et la spécialisation des neurones et des voies) commence
à vingt semaines de grossesse, culmine durant la première année de la
vie postnatale, s'essoufle à la puberté et comporte sans doute encore
des développements positifs durant le "troisième âge". Cette deuxième
longue étape du développement commence donc à vingt semaines de vie
prénatale; la naissance a sur elle une double influence cruciale mais
qui n'est qu'indirecte: elle comporte les risques liés à
l'accouchement, à la fin de l'alimentation par le placenta et à
l'établissement de la respiration pulmonaire; elle comporte les chances
de la vie nouvelle après la sortie de l'enveloppe maternelle qui
apporte les multiples expériences et stimulations extérieures. Ces
dangers et ces chances de la naissance ne changent rien à la nature des
processus de maturation cérébrale de croissance et de différentiation;
c'est dans ce sens que je les ai qualifiés d'indirects. Le
développement postnatal s'accompagne d'un paramètre qui témoigne d'une
véritable "explosion": le poids du cerveau du nouveau-né à terme est en
moyenne de 330 grammes et le poids du cerveau adulte se situe autour de
1.400 grammes: il augmente donc d'environ quatre fois. Puisqu'il n'y a
plus de production de nouveau neurone après vingt semaines de
grossesse, cela signifie que toute cette croissance postnatale du
cerveau est principalement due à la prolifération fantastique des
prolongements neuronaux - les axones et les dendrites - .
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