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Stimulation et développement du système nerveux PDF Print E-mail
jeudi, 24 février 2005
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Stimulation et développement du système nerveux
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Nous avons aussi découvert que ces "rayons de construction" sont parfaitement stables depuis les mammifères qui sont au bas de l'échelle, comme la souris, jusqu'à l'homme. La grande différence entre les mammifères n'est donc pas l'unité de construction du cerveau, qui reste quasiment identique, mais le nombre d'unités adjacentes (comme une roue très sophistiquée, qui a infiniment plus de rayons, mais dont les rayons sont les mêmes que ceux d'une roue plus simple) et les connexions entre ces rayons tellement plus nombreux, qui sont infiniment plus complexes

Nous connaissons de mieux en mieux les maladies de la migration neuronale au cours de la construction du cerveau humain. Nous en donnerons deux exemples, l'alcoolisme fœtal et le syndrome de la cocaïne fœtale. Dans le syndrome de l' «coolisme fœtal», les neurones ne s'arrêtent pas à temps et migrent trop loin, parfois même sortent du cerveau proprement dit pour former des amas sous les méninges. Cette maladie, due à l'alcoolisme maternel pendant la grossesse est malheureusement fréquente et dans bien des populations se situerait parmi les trois causes principales de débilité mentale et de troubles du développement. La prévention en est indispensable en décourageant l'utilisation des boissons alcoolisées par les femmes enceintes.

Les femmes enceintes qui utilisent de la cocaïne transmettent la drogue à l'enfant qu'elles attendent; le fœtus, mal équipé pour l'éliminer, l'accumule d'ailleurs plus encore que sa mère. Chez le fœtus normal, l'endroit où chaque neurone s'arrête dans sa trajectoire migratoire est soigneusement programmé génétiquement, pour former les "couches" successives du cortex. Cette programmation est perturbée par la cocaïne et nombre de neurones drogués se trompent de couche. Une fois fixés dans une couche où ils n'étaient pas attendus, les neurones mal situés n'auront pas un fonctionnement optimal et l'enfant dont la mère a utilisé la cocaïne pendant la grossesse devra se contenter toute sa vie d'un cerveau dont la construction n'a pas été optimale. Les stimulations intensives, l'affection, un soin tout spécial pour son éducation pourront sans doute compenser une partie des dégâts prénataux, mais c'est évidemment une forme grave de sévices prénataux d'abîmer la construction du cerveau de son enfant en lui "injectant" de la cocaïne par le placenta.

Dans notre pays, l'alcoolisme fœtal n'est pas rare. Le syndrome de la cocaïne fœtale est moins fréquent. Dans certains quartiers des grandes villes américaines, plus de 15 % des femmes enceintes utilisent de la cocaïne. Cela semble dû au plaisir particulier qu'apporte le "crack" (la forme de cocaïne cristalline qui produit un bruit de craquement lorsqu'on la chauffe en la fumant). On doit cependant craindre que le marché de la drogue parvienne à faire pénétrer plus  massivement la cocaïne dans notre pays, comme ce fut le cas aux Etats-Unis. Il faut dès maintenant tout faire pour soustraire, pendant la délicate période de sa construction, le cerveau du fétus à toute drogue et à l'alcool qui détériorent et introduisent des erreurs irréversibles dans les plans de construction du cerveau. Evidemment, si le mal a été fait, il faut apporter toute l'aide nécessaire pour réduire les dégâts et éviter la culpabilisation excessive de la mère tout en prenant les mesures pour réduire les risques pour les grossesses ultérieures.

La croissance et la différenciation des neurones: de la moitié de la grossesse jusqu'à l'âge adulte ... et au-delà. De vingt à quarante semaines de vie intrautérine, la plupart des neurones du cerveau fœtal humain sont déjà formés et en place. Le développement va alors consister en une croissance et en une différenciation qui se poursuivront et s'amplifieront durant la vie postnatale sans que la naissance constitue une interruption: poussée des prolongements neuronaux  -les axones et les dendrites- , arborisation croissantes des dendrites, apparition et modelage des synapses  - les contacts interneuronaux - . Pour compléter la qualité du "câblage électrique", la myélinisation, parallèle à la fonction, commence avant la naissance, surtout au niveau du système stato-acoustique et des racines motrices. Cette différenciation neuronale prénatale est encore peu étudiée chez l'homme et les méthodes d'approche restent difficiles. Les principaux éléments de cette croissance et de cette différentiation prénatales peuvent se résumer de la manière suivante. Une fois qu'ils ont atteint la place qui leur est réservée (qu'ils ont terminé leur migration), beaucoup de neurones s'équipent de prolongements par lesquels ils envoient leurs influx à distance, les axones  . Les axones en formation doivent trouver leur chemin dans les structures déjà complexe du cerveau en développement; ils doivent atteindre leur "cible": un autre neurone bien précis, parfois situé à grande distance. L'axone qui "pousse" ainsi au départ du corps cellulaire du neurone auquel il appartient est pourvu d'un cône de croissance - une sorte de tête chercheuse qui s'oriente grâce à des signaux chimiques qu'il échange avec les milieux extracellulaires dans lesquels il passe. Les premiers axones à pousser pour "initier" une voie nouvelle sont appelés les "axones pionniers".

 Comme tous les pionniers, ils sont évidemment importants car ils tracent le chemin pour ceux qui suivront. Comme beaucoup de pionniers, leur gloire est aussi un peu facile: leur navigation est facilitée par le fait qu'au moment où ils tracent la voie le cerveau est encore petit et les distances moins longues à parcourir. Dès qu'ils touchent leur "cible", les axones établissent d'habitude des contacts actifs - appelés synapses - avec des dendrites appartenant à leur "neurone cible" (celui avec lequel ils avaient été programmés à se marier). Les axones d'un faisceau sont entre eux en compétition pour l'établissement des synapses - décidément, cette compétition se retrouve à tous les stades de la nature - et cette compétition a sans doute une signification pour assurer un développement optimal. La formation des synapses se poursuivra pendant la vie postnatale, jusqu'à la puberté et au-delà. Beaucoup trop de synapses se forment pendant le développement; l'élimination d'une partie d'entre elles est une étape essentielle du développement: c'est l'élimination et la stabilisation synaptiques dont nous reparlerons plus loin.

C'est durant la deuxième moitié de la grossesse que les circonvolutions cérébrales apparaissent. Ces plicatures de la surface du cerveau n'existent que chez les mammifères supérieurs et surtout chez l'homme et sont d'ailleurs perçues comme un "attribut symbolique" du cerveau humain. Les unités verticales sont tellement nombreuses chez l'homme (voir ci-dessus) que ces plicatures sont nécessaires pour donner plus de place au cortex cérébral sans trop grossir le volume de la tête. L'apparition des circonvolutions est un phénomène tardif: les grands prématurés ont encore un cerveau lisse à leur naissance.

Les caractéristiques sexuelles de la différenciation cérébrale prénatale ont fait l'objet de beaucoup d'attention ces dernières années. Des anomalies "mineures" du cortex cérébral d'origine prénatale ont été décrites dans certaines dyslexies survenant chez le garçon; elles pourraient avoir leur origine à la fin de la période de migration et durant la période de différenciation prénatale (voir ci-dessous).

La croissance et la différenciation après la naissance: des informations supplémentaires. Comme nous l'avons déjà dit plus haut, la naissance n'introduit pas de discontinuité dans le processus de développement du cerveau. La production et la mise en place des neurones par migration constituent la première phase du développement et se terminent au milieu de la grossesse, à vingt semaines. La deuxième étape - dite de croissance et de différentiation (c'est-à-dire l'établissement des contacts ou synaptogenèse et la spécialisation des neurones et des voies) commence à vingt semaines de grossesse, culmine durant la première année de la vie postnatale, s'essoufle à la puberté et comporte sans doute encore des développements positifs durant le "troisième âge". Cette deuxième longue étape du développement commence donc à vingt semaines de vie prénatale; la naissance a sur elle une double influence cruciale mais qui n'est qu'indirecte: elle comporte les risques liés à l'accouchement, à la fin de l'alimentation par le placenta et à l'établissement de la respiration pulmonaire; elle comporte les chances de la vie nouvelle après la sortie de l'enveloppe maternelle qui apporte les multiples expériences et stimulations extérieures. Ces dangers et ces chances de la naissance ne changent rien à la nature des processus de maturation cérébrale de croissance et de différentiation; c'est dans ce sens que je les ai qualifiés d'indirects. Le développement postnatal s'accompagne d'un paramètre qui témoigne d'une véritable "explosion": le poids du cerveau du nouveau-né à terme est en moyenne de 330 grammes et le poids du cerveau adulte se situe autour de 1.400 grammes: il augmente donc d'environ quatre fois. Puisqu'il n'y a plus de production de nouveau neurone après vingt semaines de grossesse, cela signifie que toute cette croissance postnatale du cerveau est principalement due à la prolifération fantastique des prolongements neuronaux - les axones et les dendrites - .


Last Updated ( jeudi, 24 février 2005 )
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