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Page 3 of 4 Je souhaite évoquer un épisode de la petite
histoire de la reconnaissance officielle de la neuropédiatrie par l’INAMI et
les ministères concernés. Cela stagnait depuis 1970, malgré de multiples efforts.
En 1991, Philippe Busquin était ministre de la santé et j’étais président du
conseil scientifique de l’ONE, ce qui me donnait facilement accès à lui. Le
ministre Busquin avait fait une magnifique conférence sur la pédiatrie, la
rééducation et les surspécialités à la réunion du GLP (club européen de
professeurs de pédiatrie). Il comprenait très bien la tension constructive qui
doit exister en permanence entre la médecine générale, la pédiatrie générale, les
spécialités et les surspécialités ; il souhaitait un développement
raisonnable et contrôlé de quelques surspécialités tout en voulant éviter les
abus de la surspécialisation. Nous n’avions jamais entendu un message aussi
novateur et équilibré dans la bouche d’un ministre de la santé ; en 1990, certains
leaders belges de grande valeur en étaient encore à suggérer la suppression de
l’orthopédie pour la faire réintégrer la chirurgie générale, ou tout au moins à
regretter amèrement que cela ne soit plus possible ! C’était pour nous le
moment ou jamais, et il fallait aller très vite car le gouvernement allait
changer. Catherine Wetzburger et moi avons demandé un rendez-vous au Ministre
Busquin. Je connaissais la grande valeur professionnelle de Catherine et je savais
que Philippe Busquin appréciait ses prises de position. Mes fonctions à l’ONE
et au GLP contribuèrent à nous ouvrir sa porte. Le Ministre Philippe Busquin
reçut Catherine et moi le 15 avril 1991 à 17 heures. Notre dossier était bien
préparé et respectait la nécessité d’une tension constructive permanente entre
le général et le spécial pour une bonne gestion de la santé publique ;
nous avons aussi défendu la nécessité d’une excellente formation pédiatrique et
d’une excellente formation neurologique, donnant ainsi au ministre des
arguments pour sortir des chamailleries entre notre mère la pédiatrie et notre
père la neurologie (ou l’inverse, selon les préférences). Le ministre avait
convoqué à une partie de notre entretien le haut fonctionnaire en charge des
spécialités à l’Administration de l’Art de Guérir. Depuis une vingtaine d’années,
cette administration coulait toutes nos demandes, d’ailleurs assez mal ficelées
car nous devions chaque fois tenir compte de tant d’intérêts complexes et
divergents. Ces difficultés n’avaient cependant pas altéré l’estime que j’avais
pour le confrère très intelligent et très dévoué, fonctionnaire de grand
format, que le Ministre Busquin avait convoqué à l’entretien. Au cours de la
réunion, le ministre demanda à ce haut fonctionnaire de préparer un arrêté
royal reconnaissant la neuropédiatrie, sans laisser de doute quant à sa volonté
ministérielle que cela aboutisse. Quelques mois plus tard, le ministre Busquin m’écrivit
que le texte de l’arrêté était prêt (ce qui avait sans doute impliqué des
miracles pour le faire approuver à tous les niveaux, car les oppositions
s’étaient à peine émoussées) et qu’il ferait passer l’arrêté avant la chute du
gouvernement. Le Roi signa l’arrêté le 25 novembre 1991 ; il fut publié au
Moniteur Belge le 24 avril 2002. Le gouvernement « Martens IX »
comportait aussi un autre ministre important, très lié à la neurologie :
Jean-Luc Dehaene ; il m’a été dit que lui aussi aurait catalysé la
reconnaissance de notre surspécialité. Le confrère fonctionnaire dont j’ai
parlé plus haut avait probablement été vraiment convaincu du bien fondé de
notre demande car, s’il l’avait voulu, il aurait sans doute été en mesure de
faire traîner les choses jusqu’à la chute du gouvernement Martens IX, survenue
en mars 1992.
Philippe Busquin fut plus tard un grand commissaire
européen à la recherche ; il est maintenant un éminent membre étranger du
conseil d’administration de l’INSERM. La neuropédiatrie belge lui doit
beaucoup. Je ne peux terminer ce paragraphe sans souligner aussi tout ce que la
neuropédiatrie belge doit à Paul Levaux d’abord et à Marie-José Simoen qui lui
succéda ; à la tête de la direction générale du FNRS, ils furent toujours
magnifiques pour soutenir les progrès de la neuropédiatrie et des neurosciences
du développement. José Traest au NFWO donnait lui aussi une priorité au cerveau
de l’enfant lorsque c’était possible, ainsi que j’ai pu le constater lorsque
j’étais membre de commission du NFWO. Je propose qu’en ce jour d’anniversaire de
l’ABNP – BVKN une reconnaissance particulière soit exprimée à Marie-José
Simoen, à Philippe Busquin, à Paul Levaux et à José Traest, ce dernier maintenant
à la retraite. Les fonctionnaires actuels de l’Administration de l’Art de
Guérir pourraient aussi être remerciés. Il ne s’agit évidemment que de
suggestions de ma part, issues de cette évocation historique ; ma
situation de fonctionnaire français ne me laisse qu’une « voix
consultative » dans vos délibérations.
J’ai pris mes fonctions à Paris le 1er
septembre 1995. Mon départ a été considéré par certains comme un triste abandon
de poste, par d’autres comme un bel exemple à suivre. Je ne commenterai pas
cela ici. Je l’ai fait dans un article « Three decades of pediatric
neurology and developmental neuroscience » accessible aussi sur internet sur ce site. Depuis mon départ à Paris, mes seules
activités professionnelles régulières en Belgique furent les Amis du FNRS et l’ Académie Royale de Médecine de Belgique. J’ai évidemment tenu à
éviter toute interférence dans le service que j’avais fondé à l’UCL et dans les
activités de ceux qui m’ont succédé. Mais mon attachement à mes amis, à mes
élèves, à mon institution d’origine, à la neuropédiatrie belge et à l’ABNP –
BVKN reste extrêmement profond. La Belgique me reste très précieuse, même si, à
Paris, je fais maintenant partie des meubles et si j’y suis heureux.
Mes amis et mes anciens [x]
viennent souvent me voir à l’Hôpital Robert-Debré et je m’en réjouis vivement. Je
profite de cet anniversaire pour inviter les neuropédiatres belges qui ne sont
pas encore venus à Robert-Debré à nous rendre visite [xi]
, pour des échanges professionnels, ou simplement pour exprimer leur amitié et
pour avoir un prétexte à faire une « descente à Paris ».
Je forme les vœux les plus chaleureux pour la
neuropédiatrie belge. J’ai confiance qu’elle restera aussi robuste qu’elle le
fut durant les 35 dernières années et que les élèves qui nous ont succédés – ou
nous succéderont – dépasseront leurs maîtres. J’espère aussi que l’ABNP – BVKN
poursuivra sa tradition internationale en animant, en développant, en étant au
centre et en formalisant des réseaux d’excellence s’étendant de Marseille à
Groningen, ainsi qu’au reste du monde. Que ce trentième anniversaire soit avant
tout la célébration de l’amitié, des projets collaboratifs et de la mise en
commun des talents des uns et des autres, résumant l’esprit qui a prédominé
dans la BVKN – ABNI depuis sa fondation.
Remerciements
J’exprime aux membres du
Bureau de la BVKN – ABNP et aux chefs des services et unités neuropédiatriques
belges mes vifs remerciements pour cette invitation : les Prs et Drs Dina
Amron, Marie-Claude Belpaire, Christine Bonnier, Jeannie Bormans, Berten
Ceulemans, Bernard Dan, Linda De Meirleir, Lina Dom, Sophie Ghariani, Danièle
Hasaerts, Lieven Lagae, Jean-Paul Misson, Marie-Cécile Nassogne, Patrick van
Bogaert, Rudy Van Coster, Catherine Wetzburger.
Réunion du Groupement
Interuniversitaire Belge de Neurologie Pédiatrique Woluwé-Saint-Lambert, 1975
De gauche à
droite : Gérard Carlier, Gilles Lyon (invité, à Paris à l’époque), Ronald
MacKeith (invité, Londres), Henri Szliwowski, Brian Neville (invité, Londres),
Henri Metz (invité, Luxembourg) et Philippe Evrard. Paul Casaer qui avait
participé à la préparation de cette réunion était absent car il était à
l’étranger à cette période.
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