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ABNP-BVKN : Perspectives d’avenir et souvenirs PDF Print E-mail
mardi, 28 novembre 2006
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ABNP-BVKN : Perspectives d’avenir et souvenirs
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Je souhaite évoquer un épisode de la petite histoire de la reconnaissance officielle de la neuropédiatrie par l’INAMI et les ministères concernés. Cela stagnait depuis 1970, malgré de multiples efforts. En 1991, Philippe Busquin était ministre de la santé et j’étais président du conseil scientifique de l’ONE, ce qui me donnait facilement accès à lui. Le ministre Busquin avait fait une magnifique conférence sur la pédiatrie, la rééducation et les surspécialités à la réunion du GLP (club européen de professeurs de pédiatrie). Il comprenait très bien la tension constructive qui doit exister en permanence entre la médecine générale, la pédiatrie générale, les spécialités et les surspécialités ; il souhaitait un développement raisonnable et contrôlé de quelques surspécialités tout en voulant éviter les abus de la surspécialisation. Nous n’avions jamais entendu un message aussi novateur et équilibré dans la bouche d’un ministre de la santé ; en 1990, certains leaders belges de grande valeur en étaient encore à suggérer la suppression de l’orthopédie pour la faire réintégrer la chirurgie générale, ou tout au moins à regretter amèrement que cela ne soit plus possible ! C’était pour nous le moment ou jamais, et il fallait aller très vite car le gouvernement allait changer. Catherine Wetzburger et moi avons demandé un rendez-vous au Ministre Busquin. Je connaissais la grande valeur professionnelle de Catherine et je savais que Philippe Busquin appréciait ses prises de position. Mes fonctions à l’ONE et au GLP contribuèrent à nous ouvrir sa porte. Le Ministre Philippe Busquin reçut Catherine et moi le 15 avril 1991 à 17 heures. Notre dossier était bien préparé et respectait la nécessité d’une tension constructive permanente entre le général et le spécial pour une bonne gestion de la santé publique ; nous avons aussi défendu la nécessité d’une excellente formation pédiatrique et d’une excellente formation neurologique, donnant ainsi au ministre des arguments pour sortir des chamailleries entre notre mère la pédiatrie et notre père la neurologie (ou l’inverse, selon les préférences). Le ministre avait convoqué à une partie de notre entretien le haut fonctionnaire en charge des spécialités à l’Administration de l’Art de Guérir. Depuis une vingtaine d’années, cette administration coulait toutes nos demandes, d’ailleurs assez mal ficelées car nous devions chaque fois tenir compte de tant d’intérêts complexes et divergents. Ces difficultés n’avaient cependant pas altéré l’estime que j’avais pour le confrère très intelligent et très dévoué, fonctionnaire de grand format, que le Ministre Busquin avait convoqué à l’entretien. Au cours de la réunion, le ministre demanda à ce haut fonctionnaire de préparer un arrêté royal reconnaissant la neuropédiatrie, sans laisser de doute quant à sa volonté ministérielle que cela aboutisse. Quelques mois plus tard, le ministre Busquin m’écrivit que le texte de l’arrêté était prêt (ce qui avait sans doute impliqué des miracles pour le faire approuver à tous les niveaux, car les oppositions s’étaient à peine émoussées) et qu’il ferait passer l’arrêté avant la chute du gouvernement. Le Roi signa l’arrêté le 25 novembre 1991 ; il fut publié au Moniteur Belge le 24 avril 2002. Le gouvernement « Martens IX » comportait aussi un autre ministre important, très lié à la neurologie : Jean-Luc Dehaene ; il m’a été dit que lui aussi aurait catalysé la reconnaissance de notre surspécialité. Le confrère fonctionnaire dont j’ai parlé plus haut avait probablement été vraiment convaincu du bien fondé de notre demande car, s’il l’avait voulu, il aurait sans doute été en mesure de faire traîner les choses jusqu’à la chute du gouvernement Martens IX, survenue en mars 1992.

Philippe Busquin fut plus tard un grand commissaire européen à la recherche ; il est maintenant un éminent membre étranger du conseil d’administration de l’INSERM. La neuropédiatrie belge lui doit beaucoup. Je ne peux terminer ce paragraphe sans souligner aussi tout ce que la neuropédiatrie belge doit à Paul Levaux d’abord et à Marie-José Simoen qui lui succéda ; à la tête de la direction générale du FNRS, ils furent toujours magnifiques pour soutenir les progrès de la neuropédiatrie et des neurosciences du développement. José Traest au NFWO donnait lui aussi une priorité au cerveau de l’enfant lorsque c’était possible, ainsi que j’ai pu le constater lorsque j’étais membre de commission du NFWO. Je propose qu’en ce jour d’anniversaire de l’ABNP – BVKN une reconnaissance particulière soit exprimée à Marie-José Simoen, à Philippe Busquin, à Paul Levaux et à José Traest, ce dernier maintenant à la retraite. Les fonctionnaires actuels de l’Administration de l’Art de Guérir pourraient aussi être remerciés. Il ne s’agit évidemment que de suggestions de ma part, issues de cette évocation historique ; ma situation de fonctionnaire français ne me laisse qu’une « voix consultative » dans vos délibérations.

J’ai pris mes fonctions à Paris le 1er septembre 1995. Mon départ a été considéré par certains comme un triste abandon de poste, par d’autres comme un bel exemple à suivre. Je ne commenterai pas cela ici. Je l’ai fait dans un article « Three decades of pediatric neurology and developmental neuroscience » accessible aussi sur internet sur ce site.  Depuis mon départ à Paris, mes seules activités professionnelles régulières en Belgique furent les Amis du FNRS et l’ Académie Royale de Médecine de Belgique. J’ai évidemment tenu à éviter toute interférence dans le service que j’avais fondé à l’UCL et dans les activités de ceux qui m’ont succédé. Mais mon attachement à mes amis, à mes élèves, à mon institution d’origine, à la neuropédiatrie belge et à l’ABNP – BVKN reste extrêmement profond. La Belgique me reste très précieuse, même si, à Paris, je fais maintenant partie des meubles et si j’y suis heureux.

Mes amis et mes anciens [x] viennent souvent me voir à l’Hôpital Robert-Debré et je m’en réjouis vivement. Je profite de cet anniversaire pour inviter les neuropédiatres belges qui ne sont pas encore venus à Robert-Debré à nous rendre visite [xi] , pour des échanges professionnels, ou simplement pour exprimer leur amitié et pour avoir un prétexte à faire une « descente à Paris ».

Je forme les vœux les plus chaleureux pour la neuropédiatrie belge. J’ai confiance qu’elle restera aussi robuste qu’elle le fut durant les 35 dernières années et que les élèves qui nous ont succédés – ou nous succéderont – dépasseront leurs maîtres. J’espère aussi que l’ABNP – BVKN poursuivra sa tradition internationale en animant, en développant, en étant au centre et en formalisant des réseaux d’excellence s’étendant de Marseille à Groningen, ainsi qu’au reste du monde. Que ce trentième anniversaire soit avant tout la célébration de l’amitié, des projets collaboratifs et de la mise en commun des talents des uns et des autres, résumant l’esprit qui a prédominé dans la BVKN – ABNI depuis sa fondation.

 

Remerciements

J’exprime aux membres du Bureau de la BVKN – ABNP et aux chefs des services et unités neuropédiatriques belges mes vifs remerciements pour cette invitation : les Prs et Drs Dina Amron, Marie-Claude Belpaire, Christine Bonnier, Jeannie Bormans, Berten Ceulemans, Bernard Dan, Linda De Meirleir, Lina Dom, Sophie Ghariani, Danièle Hasaerts, Lieven Lagae, Jean-Paul Misson, Marie-Cécile Nassogne, Patrick van Bogaert, Rudy Van Coster, Catherine Wetzburger.

Réunion du Groupement Interuniversitaire Belge de Neurologie Pédiatrique
Woluwé-Saint-Lambert, 1975

De gauche à droite : Gérard Carlier, Gilles Lyon (invité, à Paris à l’époque), Ronald MacKeith (invité, Londres), Henri Szliwowski, Brian Neville (invité, Londres), Henri Metz (invité, Luxembourg) et Philippe Evrard. Paul Casaer qui avait participé à la préparation de cette réunion était absent car il était à l’étranger à cette période.



Last Updated ( mardi, 28 novembre 2006 )
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