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Les débuts de la structuration nationale de la
neuropédiatrie belge : une petite histoire et une grande amitié [iii]
When to
the sessions of sweet silent thought I summon
up remembrance of things past … [iv] Shakespeare
Vous m’avez demandé pourquoi et comment j’étais
devenu neuropédiatre et comment Henri Szliwowski, Paul Casaer, Gérard Carlier,
Liliane Martin et moi avons fondé le groupement belge de neuropédiatrie si peu
de temps après être nous-mêmes nés à la neuropédiatrie. C’est
ce que je vais vous résumer brièvement, ou tout au moins vous résumer comment
j’ai vécu cette aventure, de mon point d’observation personnel [v].
Pendant mes études de médecine, j’étais « étudiant – chercheur » dans
le laboratoire du Pr Christian de Duve et je me préparais à rester avec lui
après mes études. Un dramatique problème de santé survenu en 1964 chez un de
mes proches me décida à m’orienter vers les neurosciences et ensuite vers la neuropédiatrie. En
1970, je fus chargé par le Recteur de l’UCL de développer un service de
neuropédiatrie ; cette décision avait été prise par Christian Laterre, Roger De
Meyer, Pierre Lacroix et Jacques Berthet. Pour préparer mon action, je décidai
de rendre visite immédiatement aux chefs des services universitaires belges de
pédiatrie et de neurologie pour prendre leurs conseils. Tous me reçurent très
courtoisement, mais, en dehors de mon institution d’origine, le seul
profondément intéressé à ma démarche [vi]
fut le Pr Robert Dubois [vii],
qui me sembla se passionner pour mon projet et pour l’esprit de ma démarche, me
donna de précieux conseils, et a tenu à me revoir et à avoir de mes nouvelles
jusqu’à la fin de sa vie, survenue peu après avoir écrit une belle préface pour
une de mes publications. Lors de ma première visite à Robert Dubois, il me dit
que Sabine Pelc et Henri Szliwowski, deux de ses élèves, se consacraient à la
neuropédiatrie et qu’il souhaitait que je prenne contact avec Henri Szliwowski,
qui, me dit-il d’emblée, représentait l’avenir de l’ULB en neuropédiatrie. Dès
ce moment, Henri et moi sommes très vite devenus de vrais amis ; le 15
Place du Conseil à Anderlecht et le 88 avenue Lambeau à Woluwé-Saint-Lambert
(qui fut d’ailleurs le premier siège social de l’ABNI-BVKN) sont devenus des
lieux de complot pour la neuropédiatrie belge et avant tout des lieux d’amitié.
Henri et moi avons immédiatement cherché des neuropédiatres dans les autres
universités belges et, avec Paul (Casaer), Gérard (Carlier), Liliane (Martin –
Sneessens) avons fondé dès 1971 [viii]
le Groupement Interuniversitaire Belge de Neurologie Pédiatrique [GIBNP], dont
Gérard Ferrière, Jeannie Bormans et Marie-Claude Belpaire devinrent eux aussi des
chevilles ouvrières tôt après sa création. Le GIBNP devint ensuite l’Association
Belge de Neurologie Infantile – Belgische Vereniging voor Kinderneurologie le 2
septembre 1976. Gilles Lyon
est arrivé en Belgique un mois plus tard.
Dès notre naissance à la neuropédiatrie, nous
avons ressenti cette nécessité de créer et de participer à la création de
sociétés neuropédiatriques, nationale et internationales, car il n’y en avait
pas à l’époque et nous en avions vraiment besoin. A la réunion de création de
l’"European Study Group on Child Neurology" organisée par Ronald
MacKeith à Oxford, en 1970, le Pr Gilles Lyon, alors à Paris, m’y fit désigner pour
représenter la
Belgique. Cela déclencha mon engagement dans les actions ultérieures
que j’ai menées au service des sociétés scientifiques neuropédiatriques
nationale, européennes et internationales. Notre action collégiale et très amicale
permit à la Belgique d’avoir assez tôt, dès 1971, un groupement neuropédiatrique
national. La société britannique fut créée de manière informelle en
1972 par Ronald MacKeith et Neil Gordon ; la société française de
neurologie pédiatrique [SFNP] fut envisagée en 1988 à l’initiative de Nicole
Pinsard et officiellement fondée en 1990. Nicole, dont nous étions très
proches, a beaucoup examiné avec nous son projet pour la SFNP et m’a dit s’être
inspirée de l’ABNI-BVKN lorsqu’elle initia la SFNP. Paul Casaer,
Gilles Lyon,
Henri Szliwowski, d’autres et moi-même avons, pendant plus de trente ans, été très
actifs à l’European Study Group (transformé ensuite en European Federation of
Child Neurology Societies, devenue l’European Pediatric Neurology Society), à la Société Européenne
de Neurologie Pédiatrique, à l’European Academy of Childhood Disability, à l’International
Child Neurology Association. Par cet effort collectif, la neuropédiatrie belge
fut particulièrement bien représentée et anima de manière créative et robuste
la neuropédiatrie européenne et mondiale.
Comment évoquer ces 36 ans (30 ans depuis la parution
au Moniteur Belge) de la société
belge de neuropédiatrie sans souligner le rôle joué en Belgique par le Pr
Gilles Lyon, arrivé à l’UCL le 1er octobre 1976. Gilles Lyon a eu
une contribution exceptionnelle dans les domaines de la clinique, de la
recherche et de l’enseignement neuropédiatriques ; je suis si heureux de
l’avoir persuadé de venir en Belgique et si admiratif de ses magnifiques apports
à la neuropédiatrie française, belge et mondiale. J’ai écrit ailleurs [ix]
une notice biographique détaillée concernant Gilles Lyon, accessible dans le
livre « The Founders … » et sur internet. Verne Caviness a eu lui
aussi un grand rôle indirect sur la neuropédiatre belge, dépassant la longue
collaboration et amitié qu’il a avec moi depuis mon séjour au MGH – Harvard au
début des années soixante-dix. Verne a en effet magnifiquement accueilli dans
son service (et payé) de nombreux jeunes belges que nous lui « adressions »,
en particulier Jean-Paul Misson. D’autres collègues éminents, proches des
fondateurs de l’ABNP – BVKN et de leurs successeurs, méritent certainement la
reconnaissance de la neuropédiatrie belge ; je laisse à ceux qui leur sont
particulièrement proches le soin de les citer et de les remercier.
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