Congrès de
l’European Academy
of Childhood Disability Séance
solennelle, Monaco, Dimanche 18 novembre 2005
Allocution de Madame Rose-Marie Van
Lerberghe Directrice Générale de l’Assistance Publique
– Hôpitaux de Paris
Votre Altesse Royale, Messieurs les Conseillers de Gouvernement, Mmes et Mrs les Professeurs, Mesdames et Messieurs.
Je tenais à faire le déplacement depuis
Paris pour plusieurs raisons en plus du plaisir de vous rencontrer bien sûr.
D’abord j’ai beaucoup d’estime pour le Professeur
Philippe EVRARD qui m’a invité et pour le Professeur Marc TARDIEU. Je crois que
l’Assistance Publique de Paris s’honore de compter parmi elle des médecins de
cette qualité là, je salue d’ailleurs aussi toutes les équipes assez nombreuses
qui sont ici ce soir.
Puis je voudrais par ma présence manifester
l’intérêt de notre institution pour ces problématiques autour du handicap.
Quelques mots pour ceux qui ne connaissent pas l’Assistance Publique - Hôpitaux
de Paris. Nous sommes un groupe important d’une quarantaine d’hôpitaux qui
regroupe 91.000 personnes, un budget de près de 6 milliards d’euros. Depuis
toujours, car c’est vraiment une tradition, nous avons un intérêt important
pour la prise en charge des enfants. Nous avons 4 hôpitaux pédiatriques qui sont
Robert Debré, Saint-Vincent de Paul, Armand Trousseau et Necker Enfants malades ;
Bicêtre est un hôpital enfants et adultes. Nous avons aussi, et c’est moins
connu, des établissements consacrés à la prise en charge des polyhandicapés :
La Roche Guyon
près de Paris, San Salvadour qui n’est pas loin d’ici près de Toulon, Hendaye
et Berck.
Ce sujet de la prise en charge des handicaps
par notre institution est vraiment un axe majeur du plan stratégique que nous
venons de voter au Conseil d’Administration. Je tenais beaucoup à ce que ce
plan stratégique ne soit pas une somme de vœux pieux mais se centre sur
quelques priorités pour donner la garantie de l’efficacité de l’action. Le handicap,
la prise en charge des personnes handicapées et au-delà d’ailleurs des
personnes fragiles a été vraiment un axe tout à fait important de cette
réflexion.
Alors quelles sont les actions prioritaires
que nous souhaitons mener et développer ? D’abord bien entendu, améliorer la
prévention et le dépistage précoce, cela a été dit et j’insiste beaucoup
là-dessus, cela me paraît une chose tout à faire prioritaire et il me semble en
particulier qu’il nous faut gagner collectivement la bataille des lésions
neurologiques. Le Professeur Philippe EVRARD en a parlé. Que pouvons nous faire à ce niveau ?
Cet ensemble d’hôpitaux, nous voulons
vraiment l’organiser de façon à le renforcer et de façon à donner aussi une
plus grande visibilité pour les familles et les différents patients. Au cours
de ce plan qui va se dérouler entre maintenant et 2009, nous allons créer plusieurs
maternités dites de niveau III ; c’est-à-dire les maternités qui
regroupent le plus de moyens, pour éviter justement, s’agissant de grossesses à
risque, les problèmes liés à la naissance. Les quatre pôles référents de nos
groupes pédiatriques sont Bicêtre avec le Pr Marc TARDIEU, Necker Enfants
Malades, Robert Debré avec le Pr Philippe EVRARD, et aussi Armand Trousseau.
Il y a quelque chose sur lequel je voudrais
insister, qui est assez original et vient de démarrer. En France, les pouvoirs
publics ont fait par deux fois un appel d’offre pour définir des centres de
référence sur les maladies rares. Vous l’avez vu tout à l’heure, il y a des
maladies qui comptent peu de malades dispersés sur le territoire avec le risque
d’une très mauvaise prise en charge puisque ce n’est évidemment pas le cœur de
la préoccupation de tous les hôpitaux. L’idée de centraliser les moyens de
soins, de dépistage et de recherche dans ces centres de références est une
démarche très utile et très féconde. L’objectif de ces centres ?
Le diagnostic précoce. Il y a vraiment une
obsession que nous devons avoir, c’est d’éviter les retards du diagnostic qui sont
une perte de chance pour les enfants sans parler de la souffrance épouvantable
pour les familles.
La prise en charge pluridisciplinaire. C’est
l’idée de rassembler tous les moyens pour prendre en charge de la façon la plus
rapide possible, la plus efficace possible. C’est faciliter l’accès au
traitement par des mécanismes de financement particuliers et puis cela doit
permettre le développement de la recherche. Nous sommes un CHU (Centre hospitalo-universitaire).
Nous avons une triple mission de soins mais aussi de formation et de recherche.
Ces centres de référence sont vraiment quelque chose qui doit faire progresser
la science et le progrès médical au point d’ailleurs que cette idée de centre
de référence nous inspire pour mieux clarifier notre offre de soins. Aujourd’hui
avec le progrès médical, il y a un vrai problème pour les familles de se
retrouver dans ce maquis là. Je suis frappée de ce qu’une de mes deux
secrétaires passe au moins la moitié de son temps à orienter les gens ; il
y a donc manifestement un problème pour les familles et je crois que nous
devons nous y atteler.
La deuxième action prioritaire c’est de
développer le réseau de prise en charge des enfants et des adolescents donc de
renforcer les liens entre les établissements d’aigus et les établissements de
soins de suite et de rééducation. Nous essayons de le faire à l’intérieur de
l’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris entre les établissements d’aigus et
les établissements de prise en charge du handicap. Comme l’a dit le Professeur Philippe
EVRARD, nous avons une très grosse préoccupation en particulier en région
parisienne ; nous manquons absolument de solutions d’aval, une fois que
l’on a dépisté certaines maladies qui vont entraîner des handicaps. Nous sommes
terriblement démunis dans la prise en charge pour les familles qui est quelque
chose de très important. C’est la raison pour laquelle nous avons renforcé ces
établissements un peu lointains par rapport à la région parisienne que sont
Hendaye, Berck et San Salvadour, en particulier pour aider dans cette prise en
charge et pour la création d’un réseau. On voit bien que de plus en plus les
maladies aujourd’hui deviennent chroniques et il faut donc organiser les
parcours entre les épisodes à l’hôpital, le lien avec le médecin généraliste,
la médecine libérale voire l’éducation nationale puisqu’il s’agit d’enfants. C’est
un enjeu très important, d’ailleurs dans notre plan stratégique nous avons
quatre grands axes en général. Le quatrième nous l’avons intitulé « ouvrir
l’Assistance Publique sur l’extérieur » et pour ceux qui connaissent notre
maison, je ne pense pas que c’est une critique que de dire que nous avons de
très grands progrès à faire dans ce domaine.
J’ai confié à M. Philippe DENORMANDIE, qui a
beaucoup œuvré dans notre maison pour ces sujets tournant autour du handicap,
la mission de me proposer des actions pour que nous soyons encore plus tournés
vers les autres dans l’esprit d’apporter une meilleure réponse. La réflexion
stratégique nous a vraiment fait prendre conscience de cela ; l’hôpital en
général et l’Assistance Publique en particulier ne peuvent pas tout faire. Il
est très important que nous nous focalisions sur ce qui est notre mission
centrale qui est la santé. Maintenant nous sommes tout à fait conscients
surtout s’agissant d’enfants et d’adolescents handicapés, qu’ils nécessitent
une prise en charge globale. Je crois fondamental de bien réfléchir sur les
liens, précisément entre l’hôpital, que ce soit dans ses aspects aigus, dans
les aspects soins de suite et de réadaptation, avec l’ensemble des autres
établissements et notamment les établissements médico-sociaux. Que peut-onfaire ?
Ces liens, on peut les renforcer par des
conventions, c’est la formule juridique mais concrètement cela veut dire qu’il
faudrait multiplier des expériences qui existent déjà dans lesquels nos
médecins peuvent aller dans les établissements et mettre fin à cette coupure ;
créer la continuité. Une idée qui s’est beaucoup développée à Hendaye en
particulier que je trouve excellente, c’est développer les séjours temporaires
c’est-à-dire sortir de l’idée très tranchée que soit l’on garde l’enfant à la
maison ce qui est parfois très difficile, soit qu’on le met en institution. Et
donc les séjours temporaires, à la fois cela permet de répondre à des crises
sanitaires aiguës, cela permet souvent de réaffiner le diagnostic et puis c’est
un répit pour les familles et aussi pour les soignants ? C’est quelque
chose, je crois qu’il faut que nous prenions en compte.
Les infrastructures de prise en charge du
handicap sont dramatiquement insuffisantes en région parisienne et dans ce plan
stratégique nous avons un grand projet qui est d’aider à faire construire sur
le site de Saint-Vincent de Paul un grand centre du handicap. Nous n’avons pas
vocation de le gérer ; je pense très important que nous centrions sur ce
qui est proprement sanitaire ; tout ce qui est médico-social, je pense que
d’autres font mieux que nous, c’est un autre sujet.
En revanche, on peut aider en offrant des
possibilités de foncier mais aussi, je l’appelle de mes vœux, possibilité d’un
partenariat très fort entre les structures sanitaires environnantes. C’est un
projet important que nous menons, que nous développons en partenariat avec la
ville et puis avec les structures sanitaires et sociales. Enfin, je terminerai
là-dessus, toujours cette obsession de nous ouvrir encore plus sur l’extérieur,
je crois vraiment fondamental de renforcer nos relations avec les associations
de patients et de familles. La brève visite (de l’exposition des associations) que
nous avons faite était intéressante car je crois que comme moi, vous avez été
frappés par l’implication des familles. L’hôpital doit travailler avec ces
associations pour pleins de raisons ; et une des raisons, je crois, est de
bien comprendre les besoins. J’ai été très intéressée par l’exposé de Mr Gérard
N’GUYEN (organisateur du congrès des associations) et je retiens que 78 % des
familles n’avaient que deux minutes pour s’exprimer et encore au bout de 22
secondes, le médecin les interrompait. Je pense que c’est très important que
nous méditions cela tous ici et que nous acceptions que ces relations avec les
associations qui ont d’ailleurs beaucoup évolués soit vraiment une source de
progrès permanent.
Je crois que c’est comme cela que l’on fera
de mieux en mieux notre travail, nous avons besoin des autres et c’est comme
cela que nous leur donnerons le meilleur de nous même.
En tout cas, merci de votre attention. Voir la vidéo |