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I. LE DEVELOPPEMENT DES VOIES DE LA DOULEUR: NEUROANATOMIE ET NEUROCHIMIE REGIONALE
1.1. Des audacieuses comparaisons
entre le petit de l'homme et le petit du rat.
La gestation de 21 jours et demi chez
le rat n'est ni une forme "comprimée" des 40 semaines de gestation
chez l'homme, ni l'équivalent du premier trimestre de cette gestation. Cependant certains repères connus peuvent
être utilisés dans des études comparatives: le développement du système nerveux
du rat à la naissance correspond à 24 semaines de gestation chez l'homme; deux
à trois semaines de vie pour le rat correspondent aux premières années
postnatales chez l'homme.
1.2. Développement anatomique des
voies de la douleur.
Tant chez l'homme et chez le rat, les
stimuli douloureux atteignent la moëlle par deux groupes principaux
d'afférences: les fibres polymodales C non myélinisées, et les fibres A delta
finement myélinisées répondant à des récepteurs mécaniques à seuil élevé. Chez le rat, les cellules du ganglion
postérieur A et C sont présentes au 15ème jour de la vie embryonnaire et
envoient leurs prolongements périphériques et centraux vers la peau, les
muscles et la
moëlle. Les premières
synapses centrales observées chez le rat et chez l'homme se situent au niveau
des motoneurones au jour embryonnaire 13-14 chez le rat et à 5 semaines de
gestation chez l'homme. Dans la corne
postérieure, les larges fibres destinées à être myélinisées (A bêta) et
répondant aux récepteurs mécaniques avec seuil bas, sont les première à arriver
dans la corne postérieure du rat aux jours embryonnaires 16-17, et cela
correspond avec la survenue de réflexes cutanés. Les événements équivalents surviennent chez
le foetus humain vers la 8ème semaine de gestation, quand les réflexes peuvent
être évoqués.
Les fibres C pénètrent la moëlle
épinière considérablement plus tard (E19-20 chez le rat, 3 jours plus tard que
les fibres A). Cela signifie que la
formation de synapses entre les terminaisons des fibres C et les
cellules de la corne postérieure, ainsi que le développement d'une activité
électrique à ce niveau est un événement essentiellement postnatal chez le rat
et qu'il est très immature à la naissance. Quand
les fibres A et C atteignent la corne postérieure, elles le font d'une manière
géographiquement préétablie. Chez
l'humain ce timing n'est pas connu mais les études neurochimiques suggèrent que
ce phénomène commencerait dans le troisième mois de la gestation. Il se poursuit probablement
jusqu'à une période proche de la naissance.
Les fibres C de petit diamètre, et
portant l'information nociceptive, se terminent dans la substance gélatineuse
de la corne postérieure. Cette région d'interneurones
a fait l'objet de nombreuses recherches.
Ces interneurones jouent probablement un rôle important dans la
modulation segmentaire et descendante des inputs douloureux et non douloureux
dans la moëlle. C'est une zone également
très riche en neuropeptides et en activités enzymatiques. Chez le rat, les cellules de cette région,
ayant fini leur division et leur migration depuis le 16ème jour embryonnaire
(E16), ne commencent leur développement axonal et dendritique qu'après la
naissance et le continuent jusqu'au 20ème jour postnatal (P20). Ceci est fort différent du comportement des
neurones dont le corps cellulaire est localisé dans la moëlle épinière et dont
les axones forment des voies supraspinales.
Leur développement est en effet terminé à la naissance.
La croissance des interneurones de la Substance Gélatineuse
coïncide avec la croissance des fibres C dans cette région et continue se
poursuit donc très tardivement. Chez
l'homme, peu d'études ont été réalisées mais la maturation de ces interneurones
se poursuit jusqu'à la naissance.
1.3. Le développement chimique des
voies de la douleur.
Des neuropeptides, monoamines et
catécholamines ont été démontrés ou pressentis comme des neurotransmetteurs ou
des neuromodulateurs au niveau des voies de la douleur. Il s'agit
notamment de la substance
P, de la somatostatine, de la calcitonine, du peptide
vasoactif intestinal (VIP) que l'on trouve au niveau des fibres afférentes A ou
C. La corne postérieure de la moëlle contient des "encéphalines" et
le 5-OH-tryptophane (5-H-T) se trouve dans les fibres descendentes du tronc
cérébral qui se terminent dans la corne postérieure. La noradrénaline et la dopamine sont des
neurotransmetteurs des voies descendantes.
Toutes ces substances sont détectées
bien avant la naissance dans la moëlle épinière (à partir de 8 à 10 semaines de
vie foetale chez l'homme) et à partir de E16-E18 chez le rat. Les enkephalines sont d'apparition postnatale
chez le rat et apparaissent après tous les autres peptides dans la moëlle humaine
(12 à 14 semaines de gestation). Dans
ces structures, le VIP apparaît lui aussi tardivement (12 à 14 semaines de
gestation chez l'homme) et au jour embryonaire 17-18 chez le rat.
Tous ces peptides augmentent en
quantité dans la période périnatale tant chez le rat et chez l'homme, et nombre
d'entre eux apparaissent dans la Substance Gélatineuse
en période postnatale seulement.
Le 5-H-T apparaît plus tard que les
peptides précités. Il apparaît dans la
période postnatale et les taux adultes sont atteints à P14 chez le rat. Chez l'homme, il apparaît après la 6ème
semaine de vie.
La substance P est très différemment répartie dans la moëlle suivant l'âge du
rat. De plus les quantités dans la
moëlle diminuent très fortement dans les trois premiers mois de vie postnatale.
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