Ethique et droit.
À en croire les
initiatives officielles récentes - en 2003, année européenne des
personnes
handicapées et grande cause nationale -, la société française reconnaît
aux personnes
handicapées mentales la qualité de citoyens à part entière. La réalité
est malheureusement tout autre ; en dépit d'incontestables progrès,
stigmatisation, marginalisation,
exclusion résument encore trop souvent le sort de ces
sujets - spécialement de ceux qui souffrent d'un handicap mental -
dans une société où les valeurs dominantes sont la santé, la
productivité, la « réussite » sociale. Il y a là une situation
inacceptable ainsi qu'un chantier important et urgent. Car la
qualité
de toute communauté se juge au soin qu'elle
prend de ses membres les plus fragiles.
Cet ouvrage dont le fil directeur
est l'itinéraire de vie des personnes handicapées mentales, dès leur
naissance jusqu'à un âge de plus en plus
avancé, vient donc à point nommé pour orienter la réflexion et l'action
politiques, sociétales, professionnelles en faveur de ces
personnes et
avec elles. Cette synthèse unique et
pluridisciplinaire réunit les contributions
d'un collectif d'auteurs, issu du Comité de réflexion d'éthique de
l'UNAPEl,
autour d'un objectif commun : dire le droit, mettre en œuvre une
éthique de la dignité, donner aux personnes
handicapées mentales la place qui leur revient, au long
des différentes étapes de leur
existence, dans la société française d'aujourd'hui.
Michel Manciaux et Gwen Terrenoire
Publié aux éditions Fleurus.
Tiré de l'AVANT PRPORS par M. Arthuis
J'ai le grand plaisir et l'honneur de
présenter cet ouvrage collectif
intitulé Personnes handicapées mentales, éthique et droit et, tout
d'abord, d'en évoquer la genèse. C'est au docteur
Charles Sérié, après qu'il eut assumé d'importantes fonctions, dont la
direction médicale de
l'Institut Pasteur de Paris, que fut confiée en 1989 par le Conseil
d'administration de
l'UNAPEI1, dont il était
membre en même temps que président de l'URAPEI2
de Midi-Pyrénées, la mission de créer un comité de réflexion éthique.
Il
prit conseil auprès du professeur Jean Bernard,
président du Comité consultatif national d'éthique des sciences de la
vie et de la santé, qui l'approuva
et l'encouragea à demander au professeur Pierre Royer, pédiatre de
renommée mondiale et président du Centre international de
l'enfance, d'en assurer la présidence. Pierre Royer rassembla autour de
lui une
dizaine de personnes : médecins,
juristes, philosophes, éthiciens, administrateurs
de l'UNAPEI, tous engagés, avec des responsabilités diverses, dans la
recherche, l'étude et l'action avec et en faveur des personnes
souffrant de handicaps
mentaux variés. La liste de ces personnalités ainsi que les
modifications du comité au fil des années figurent page 13. Je tiens
cependant à
insister ici sur une perte qui nous a particulièrement affectés : la
mort, en 1995, de France
Quéré, que nous estimions et admirions tous pour la finesse de ses
jugements, la
précision et la richesse de ses paroles et de ses écrits.
Premier président de
ce comité qu'il anima avec son dynamisme légendaire, ses qualités
intellectuelles et humaines, Pierre Royer mourut en 1995 : j'ai eu l'honneur et
la lourde tâche de lui succéder, et Charles Sérié continue, depuis le début de nos travaux, d'en assurer
la coordination avec l'assistance précieuse de Claudine Clausse pour le
secrétariat. J'ai eu aussi l'occasion, en particulier lors du congrès de l'UNAPEI à
Montpellier, en 1991, de présenter aux familles les objectifs et les modalités de travail de notre
comité : réfléchir avec elles sur les problèmes auxquels elles sont confrontées
au quotidien et dans la durée ; les écouter et travailler à partir des
questions qu'elles se posent, qu'elles nous posent ; les informer au mieux pour
éclairer leurs choix en vue de les aider à donner à leurs enfants handicapés une vie
qui vaille la peine d'être vécue, le tout dans le respect de la dignité de ces
jeunes, principe fondateur de toute démarche éthique ; et continuer à être à leurs côtés quand leur
enfant devient adolescent, adulte et avance
en âge...
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