|
Page 2 of 4 II La multiplication des neurones et la mort cellulaire programmée
La grande majorité des neurones du néocortex est
formée avant la fin du sixième mois de la vie fœtale voire du
cinquième. La
division cellulaire des neurones est donc, pour l’essentiel,
pratiquement
achevée chez le très grand prématuré (voire gliogenèse infra). De même
les
migrations neuronales sont terminées vers 24 semaines d’aménorrhée.
Chez
l’adulte, des travaux récents ont montré la persistance d’une
production neuronale dans l’hippocampe et le cortex olfactif,
voire même dans le cortex dans certaines situations pathologiques.
Par contre le contingent de neurones n’est pas fixé
et on observe un processus physiologique d’élimination des neurones
excédentaires qui se poursuit au-delà du sixième mois de grossesse et pourrait
être accéléré sous l’effet de facteurs toxiques. Selon les régions cérébrales
concernées, 15 à 50 % des neurones produits vont mourir et être phagocytés. 70
% de ces neurones seraient éliminés entre 28 et 41 semaines de terme (3). La
fragmentation de l’ADN est une étape centrale de cette mort cellulaire
programmée ou apoptose. L’activité de certains gènes protecteurs, la
disponibilité en facteurs neurotrophiques et l’activation du neurone par des
signaux électriques issus d’autres neurones sont les facteurs influençant la
mort cellulaire. La modulation des taux de calcium intra-cellulaire est un
élément clé de ce processus biologique (12).
III Les neurones de la sous-plaque
Une sous-population de
neurones tient une place particulière pendant toute la durée de la
grossesse : ce sont les neurones de la sous-plaque. Cette
structure localisée sous la plaque corticale atteint son pic d’activité entre
22 et 36 semaines de terme.
Pendant la période de
migration neuronale, la zone marginale du neuroépithélium se divise en deux
parties ; la partie profonde est séparée des neurones de Cajal-Retzius
situés dans la partie superficielle par l’arrivée des neurones en migration,
qui commencent à former la plaque corticale (pour une revue voire Lagercrantz
et Ringstedt, 15). Ces neurones de la partie profonde de la zone marginale
constitue la sous-plaque ; celle-ci persiste chez le prématuré mais n’est
plus observée dans le cerveau mature du nouveau-né à terme. Pour certains, ces
neurones disparaitraient par apoptose ; pour d’autres ils seraient incorporés
dans la couche neuronale 6 du cortex mature.
Ces neurones ont
plusieurs rôles importants au cours du développement : i)
ils émettent des axones vers la capsule interne et serviront de guides pour les
axones des neurones des couches corticales 5 et 6 ; ii) entre 25 et 32
semaines de gestation, ils fournissent des axones au corps calleux ; iii)
ils servent de relais d’attente pour les axones en provenance des thalami avant
leur progression vers la couche 4 du néocortex. Ces relais sont indispensables
pour une bonne sélection des cibles synaptiques des afférences thalamiques et
peuvent être détruits ou lésés chez le grand prématuré ayant des lésions de la
substance blanche sous-corticale et périventriculaire (19).
V Les développements axoniques et dendritiques – La synaptogenèse
1
Les axones et les dendrites
Les
développements axoniques et dendritiques succèdent à la formation des neurones,
avec un décalage temporel peu important et vont permettre de connecter des
structures cérébrales distantes entre elles. Cette phase survient
principalement mais pas exclusivement au cours de la deuxième moitié de la grossesse. Les
potentiels évoqués visuels peuvent ainsi être provoqués chez le fœtus humain
dès 24/27 semaines, ce qui impose le développement antérieur d’un câblage
constitué (22).
Au
cours du développement cérébral, les cônes de croissance présents à l’extrémité
des axones doivent trouver leur route au travers de différentes structures
immatures en formation afin d’atteindre les structures cibles. Pour cela,
plusieurs mécanismes interviennent : i) le phénotype de chaque neurone
contient des informations déterminant le type de connections qu’il devra
établir ; ii) la chémoattraction où les cellules cibles libèrent des
structures chimiques capables d’attirer ou de repousser les cônes de
croissance ; iii) la libération de neurotransmetteurs et de divers
facteurs de croissance favorisant l’extension des axones possédant le récepteur
correspondant ; iv) le cône de croissance axonal peut interagir avec des
glycoprotéines de la matrice extra-cellulaire jouant le rôle de balises ;
v) lors des stades précoces du développement cérébral, les distances séparant les différentes structures nerveuses
sont réduites, facilitant la travail des cônes de croissance. Ces axones
pionniers serviront ensuite de guides pour des axones produits plus
tardivement.
Comme pour les neurones, la phase initiale de
production des axones et des dendrites est suivie d’une phase de régression
visant à supprimer les prolongements surnuméraires et permettant d’obtenir des
connections fonctionnelles entre les différentes structures cérébrales. Les
facteurs influençant l’élimination des axones et des dendrites surnuméraires
sont du même type que ceux impliqués dans les phénomènes de mort cellulaire et
décrits plus haut (survie du neurone, compétition pour les facteurs trophiques
et activité électrique des axones) (23). Survenant aussi bien en fin de
grossesse qu’en période post-natale, ces processus de stabilisation neuritique
sont aussi soumis à des expériences in utero et à des stimulations
post-natales.
2 Les synapses
L’établissement des synapses entre les prolongements
axonaux et dendritiques des neurones est aussi un processus de
production-destruction qui débute dès la seconde moitié de la grossesse,
culmine dans les deux premières années de la vie et se termine à l’adolescence
(6). Changeux et Danchin (4) ont introduit en 1976 le concept de stabilisation
synaptique. Durant le développement cérébral, on observe une première période
de surproduction de synapses avec des connexions redondantes produites de façon
aléatoire dans un état labile. Dans une deuxième période, on note une
stabilisation de certaines synapses qui ont acquis un sens fonctionnel et une
élimination des synapses redondantes. Cette période de stabilisation est
surtout sous le contrôle de facteurs de l’environnement. Chez l’enfant né
prématuré, soumis trop tôt à l’influence de l’environnement, la synaptogenèse et la stabilisation des
synapses sont perturbées.
|