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Page 1 of 4 Par Stéphane Marret*, Pierre Gressens**, Hugo
Lagercrantz***, Philippe
Evrard**
Points essentiels :
- Le
développement cérébral est sous le contrôle d’un programme génétique
d’expression transitoire modulé par des facteurs épigénétiques et
environnementaux.
- On
distingue 3 grandes périodes : une phase prémigratoire couvrant la
période comprise entre l’individualisation de la plaque neurale et
l’initiation de la migration neuronale ; une phase migratoire ;
et une phase post-migratoire correspondant à la différentiation des
neurones en place avec l’axogenèse, la dendritogenèse, la synaptogenèse,
les processus de stabilisation et la gliogenèse.
- La majorité des neurones sont en place avant 24
semaines d’aménorrhée mais ce contingent n’est pas fixé et un grand
pourcentage va disparaître dans la deuxième moitié de la grossesse.
- Les neurones de la sous-plaque ont un rôle
important dans la deuxième moitié de la grossesse, notamment dans
l’établissement des circuits thalamo-corticaux.
- La production et la migration des astrocytes vers
leur destination sont essentiels pour l’équipement et le fonctionnement
normal des neurones ; ces processus sont tardifs survenant dans la
deuxième partie de la grossesse.
- La myélinisation est un processus essentiellement
post-natal dont la mise en place dépend du stock en cellules progénitrices
d’oligodendrocytes constitué pendant la deuxième moitié de la
grossesse ; ces cellules sont particulièrement vulnérables à des
facteurs hypoxique-ischémiques et aux stress oxydatifs.
- La stabilisation des synapses fonctionnelles et
l’élimination des synapses redondantes sont des processus essentiellement
post-natals très liés à l’environnement et aux apprentissages. Elles sont
perturbées chez le prématuré soumis trop rapidement à l’influence de
facteurs extérieurs.
- Les neurotransmetteurs, avant la différentiation
des neurones, jouent le rôle de morphogènes et de facteurs
neurotrophiques. Le glutamate, principal neurotransmetteur excitateur, et
les récepteurs N-méthyl-D-aspartate (NMDA) synaptiques entraînent une
transmission synaptique lente et la promotion des facteurs de survie
cellulaire dans le cerveau immature. A contrario, les récepteurs
extra-synaptiques ont un rôle dans les phénomènes d’excitotoxicité.
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*Service de Pédiatrie
Néonatale et Réanimation et UPRESS 2124, Hôpital Charles Nicolle, CHU de
Rouen ; **Service de Neuropédiatrie et INSERM E9935, Hôpital Robert-Debré,
Paris ;***Karolinska Institute, Astrid Lindgren Children’s hospital,
Stockhölm.
I Généralités
Le développement normal du système nerveux
humain (SNC) comprend de nombreuses
étapes depuis l’induction du neuroectoderme passant par la formation
du tube neural, les phénomènes de prolifération et de migration
cellulaire, la
gyration, la synaptogenèse, la prolifération des neurites et les
processus de
stabilisation comprenant la mort neuronale programmée, la régression
des
neurites et des synapses redondantes. Le fonctionnement cérébral normal
est alors le résultat de l’équipement neurologique, de sa maturation et
des apprentissages.
Le volume et le
poids du cerveau sont déterminés par la multiplication et la croissance des
cellules neurales, par la prolifération des neurites, la myélinisation, la
matrice extra-cellulaire et l’hydratation du parenchyme. Chez l’homme, ce
développement se fait surtout pendant la grossesse mais reste important en
post-natal. Le poids du cerveau du nouveau-né à terme est environ un quart du
poids du cerveau adulte. Parmi les mammifères, il est possible de distinguer
des espèces immatures et des espèces précoces. Les espèces précoces (mouton,
cobaye, singe) poursuivent l’essentiel de la maturation neurologique in
utero. Leurs petits naissent les yeux ouverts, prêts à déambuler
immédiatement. Les espèces immatures (rat, chat, lapin, hamster, souris) font
une grande partie de leur développement après la naissance. Leurs
paupières sont closes et la motricité est limitée. La maturité du cerveau du
raton est ainsi comparable à celle de l’agneau à mi-terme. L’homme a une place
particulière dans cette confrontation. Selon certains critères, il appartient
aux espèces précoces (activités motrices réflexes dès 8 semaines d’âge
post-conceptionnel, activités EEG dès 24 semaines post-conceptionnelles…), mais
à l’inverse l’évolution des fonctions du SNC se poursuit beaucoup plus
longtemps que chez l’animal, même comparées aux espèces les plus immatures.
L’expression du programme génétique de
croissance et les interactions cellulaires sont modulées par des facteurs épigénétiques
et environnementaux dont certains peuvent avoir une influence positive et
d'autres des effets délétères (alcool, tabac…).
De nombreux
gènes intervenant dans le développement cérébral sont connus : gènes
contrôlant la mise en place du tube neural, la prolifération des neurones, la
taille des neurones, la mort cellulaire programmée, le type des neurones, les
interactions neurone-glie, et la stabilisation des synapses... (20). Cependant
il est difficile de comprendre comment environ 30000 gènes chez l’homme peuvent
contrôler l’organisation de 100 billions de neurones et des trillions de
synapses. Une expression normale de ces gènes nécessite un environnement
adéquat. Les interactions avec le
milieu intra-utérin (mère, placenta, liquide amniotique) et des
interrelations étroites des gènes avec des facteurs de croissance, des
hormones, la matrice extra-cellulaire, certains neurotransmetteurs qui sont de
véritables morphogènes, des facteurs d’origine nutritionnelle ou vitaminique
jouent ainsi un rôle étroit au cours du développement cérébral.
L’observation du
développement du SNC depuis le début de la neurulation permet de définir
plusieurs candidats potentiels pouvant expliquer la maturation post-natale. Un
événement majeur de l’ontogenèse cérébrale est constitué par la migration
neuronale de leur site de production dans les différentes zones germinatives
jusqu’à leur site de fonctionnement parfois situé à grande distance. Si l’on
considère cette migration neuronale comme référence temporelle,
on peut distinguer trois grandes périodes développementales :
- une phase prémigratoire couvrant la période comprise
entre l’individualisation d’une plaque neurale, sa fermeture en tube neural et
l’initiation de la migration neuronale ;
- une phase de migration des neurones peuplant les
différentes couches corticales selon un gradient « inside-out » ;
-
une phase post-migratoire correspondant à la
différentiation des neurones en place avec l’axogenèse, la dendritogenèse, la
synaptogenèse, les processus de stabilisation.
Parmi tous ces
phénomènes fondamentaux du développement cérébral, nous nous intéresserons
essentiellement à la phase post-migratoire, c’est à dire à la phase de
développement qui correspond aux événements observés dans la deuxième moitié de
la grossesse, notamment chez le prématuré à partir de 24 semaines d’aménorrhée.
Pour les étapes antérieures, il est souhaitable de se référer à des revues de
synthèse récentes (5, 11, 15, 21).
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